ÉVANGÉLISÉS POUR ÉVANGÉLISER
Fr. Fernando
Ventura, OFMCap
Dossier préparé par l'équipe de Formation Permanente
CIOFS
Ewald Kreuzer, OFS, Coordinateur
Fr. Amando Trujillo Cano, TOR - Doug Clorey, OFS
INTRODUCTION
Le XII
Chapitre Général de l'Ordre franciscain Séculier fut célébré du 22 au 29
octobre 2011 à Sao Paolo, au Brésil. Au cours de ce Chapitre, des
Franciscains séculiers du monde entier ont échangé leurs approches du thème
"Etre évangélisé pour évangéliser." La présentation d'ouverture fut
faite par Fr. Fernando Ventura, OFM Cap, présentateur doué qui a appelé les
capitulaires à vivre leur vocation et assumer leurs responsabilités au sein
de l'Église et de la Famille franciscaine.
LE PRÉSENTATEUR
Fr. Fernando Ventura est un
Capucin franciscain, né en 1959. Théologien et bibliste il a enseigné à l'Institut des sciences religieuses
d'Aveiro (ISCRA), au Portugal. Il a été traducteur pour la Commission
théologique internationale du Saint Siège et coopère avec diverses
organisations internationales, comme avec son propre Ordre OFM Cap., avec
l'Ordre franciscain Séculier (OFS) et la Fédération Biblique Universelle. Il
publie dans le magazine "Bible" des articles d'une très profonde
théologie. Il est l'auteur de la première étude sur Marie dans le monde
islamique. Il a écrit un guide pour la lecture de la Bible ("Roteiro de Leitura da
Biblia"). Son travail de
traducteur simultané lors de retraites, conférences, etc. l'oblige à de
fréquents déplacements dans le monde entier. Fr. Fernando a toujours été ami de l'OFS et a
travaillé à la traduction simultanée des réunions de Présidence du CIOFS et de tous les Chapitres Généraux
depuis 1987. Il a écrit récemment le livre: "Du Moi solitaire au Nous
solidaire" ("Do eu solitario do nos solidario"). (Photo par Eduardo Molino)
LE CONTEXTE
Nous
diviserons la présentation de Fr. Fernando au Chapitre Général en six
dossiers que nous publierons de janvier à juin. Ils formeront donc la base de
notre programme pour le premier semestre 2012. En voici un bref résumé:
1. Que signifie "évangéliser"?
Dans ce
dossier seront présentés quelques-uns des éléments essentiels de ce qu'est
"évangéliser" dans notre foi chrétienne et dans le contexte de
notre culture contemporaine.
2. Un retour à Emmaüs.
Fr.
Fernando nous expliquera pourquoi il nous faut retourner à Emmaüs, rencontrer
sur la route ces deux disciples et réfléchir à leur mal-être: leur abandon
d'une foi centrale, d'une espérance et leur éloignement vers la périphérie,
vers le désespoir.
3. Quelle est la religion de Dieu?
Voici une
question provocatrice!: Quelle est la religion de
Dieu? Les catholiques pensent que Dieu est catholique; les protestants le
croient protestant; les Musulmans, musulman; et les Juifs, bien sûr, savent
que Dieu est juif. Et, pour ces raison, nous nous
massacrons les uns les autres depuis des siècles.
4. L'Exode - une lecture-clé.
L'histoire
de l'Exode est une clé: Dieu crée des histoires en Histoire. Mais c'est
seulement lors du début du Livre, le temps du Dieu d'Abraham, d'Isaac, de
Jacob. Jésus, le Christ, montre que Dieu n'est jamais distant, "au
Ciel", mais est ici et maintenant.
5 + 6. Les béatitudes: le texte le plus dangereux de
toutes les saintes Écritures.
Enfin nous
examinerons le texte le plus dangereux de toute l'Écriture sainte, le texte
le plus révolutionnaire de toute l'histoire de l'humanité. Fr. Fernando nous
présentera la charte constitutive du Christianisme, le texte qui réussit à
expliquer pourquoi nous sommes ici, le texte qui nous permet de découvrir
notre mission, et sans lequel nous ne trouverons jamais le sens de notre vie.
Nous
escomptons qu'ainsi, au cours des six premiers mois de l'année, vous lirez et
étudierez ce qu'a dit Fr. Fernando, et prendrez le temps d'en discuter avec
vos frères et sœurs dans la Fraternité.
QUE SIGNIFIE ÉVANGÉLISER?
Fr.
Fernando a débuté sa présentation du thème de ce Chapitre Général de l'OFS en
lançant aux capitulaires plusieurs questions dérangeantes. Très vite,
ceux-ci se sont rendu compte que sa
présentation relèverait plus d'une "expérience personnelle" que
d'une conférence académique. Les mots lancés suscitaient la réflexion sur des
éléments essentiels de la signification d'évangélisation et de foi chrétienne
dans le contexte de notre culture contemporaine. Il a contraint les
Franciscains séculiers à réfléchir à ce qui est arrivé aux mots et aux
sentiments.
Les mots et les sentiments
Aurions-nous
le culot de dire à notre voisin, "je vous aime?" Sans plaisanter et
en le regardant droit dans les yeux?... pouvez-vous le dire, maintenant, à la
personne assise à côté de nous? Ce n'est pas si facile n'est-ce pas? N'avons-nous pas peur des mots? Les mots ne
sont-ils pas morts? N'avons-nous pas tué les sentiments? Pareils mots nous
effraient! Mais dire à quelqu'un "je vous aime" c'est lui dire:
"j'ai besoin de vous pour être heureux."' Cela peut aller loin! Mais dire à quelqu'un
"je vous aime", cela peut signifier autre chose. C'est dire à
l'autre: "je ne peux pas être heureux sans vous." Voyez-vous où
cela mène? dire:"J'ai besoin de vous pour être heureux", est une
chose! Mais dire: "je ne peux pas être heureux sans vous" nous
conduit à une toute autre constatation, nous détruit. Cela détruit notre
vanité personnelle, notre manie de croire que nous sommes le centre du monde.
Si nous comprenons ce qu'est "évangéliser",
alors nous sommes capables de tout comprendre...
En
revanche, si nous ne le pouvons, nous continuerons à être les plus malheureux
fils de l'homme... des gens vivant à la foi une vie maritale avec Dieu... et
un divorce avec la vie. Des gens mariés à Dieu parce qu'aucun diable ne veut
les épouser... vieux garçons et vieilles filles de toujours, célibataires
aigris, gens qui vivent leur vie dans une relation de pouvoir. Et là nous
avons raté le coche! Nous vivons dans nos fraternités... dans nos
couvents.... dans nos monastères.... nous vivons, à tous les niveaux, sous
l'oppression de gens qui ne voient dans service que pouvoir. Qui ne sont
(avec) les autres que parce que cela fait bien. Ces gens là ne peuvent être
aidés par personne. Nous sommes fatigués des vieux garçons de l'histoire. Il
y a trop de gens gentils Il ne suffit plus d'être sympathique, l'urgence
pousse à l'empathie. Au mieux, la gentille personne vous sourira. (Et ici je
me rappelle toujours Confucius : "Attention, derrière le sourire sont
les dents!")
Il est temps...
Notre
temps n’est pas un temps pour se croiser les bras. Il est temps de
recommencer le voyage à l'envers, (de retourner l'omelette, dirait un
Espagnol)... Il nous faut reconnaître que nous n'avons pas le droit de dire
que nous possédons une religion, car il nous faut comprendre que c'est notre
religion qui nous possède. Les gens qui ne parlent que religion sont
insupportables. Ils ont la bouche pleine de Dieu mais ne créent que des
brises mystiques qui n'influencent personne. Et nous suivons mal de mauvais
signaux. Et nous continuons à nous chamailler... Je vous le demande, à vous
Franciscains des trois branches, d'expliquer aux évêques de votre pays, aux
prêtres de votre pays, aux moines de votre pays, aux religieuses de votre
pays, que habit n'est pas synonyme de pouvoir. Vivre en communauté est
l'important, est en premier un mode de vie.
A trop de
places dans le monde nous avons vu l'Eglise monter en puissance avec les
puissants, une Eglise qui perd pied car elle a perdu son sens de service...
car elle a cessé d'être un signe... car dans trop de places elle se vendit au
pouvoir qui la finance. Et cela je l'ai vu de mes yeux, moi, dans tous les
continents.
Cela dépend de vous
Il dépend
de vous d'être un signe de contradiction. Il dépend de vous de raviver la révolution franciscaine. François s'est mis à l'écart pour rechercher
"son Eglise" au confins d'Assise, avec les
lépreux, car l'Eglise était engluée au centre du Pouvoir. Et beaucoup de ses
membres faisaient cause commune avec les seigneurs. Et les pauvres et les
lépreux restent aussi seuls que jamais.
L'aventure a commencé...
Et
donc l'aventure a commencé, l'aventure de ce Dieu qui un jour a décidé de
créer le monde... La Bible est le "cri"' d'une Alliance, d'un
Mariage qui veut répondre à cette initiative. Plus qu'un livre, plus qu'un
code, la Bible est Vie. Une vie faite de tout ce dont la Vie est faite: rêves
et illusions, joies et espoirs, larmes et sourires, rencontres et
séparations, lumières et ombres, plus tout ce que notre imagination, notre
expérience personnelle sont en mesure de faire. Tout ce qui peut combler les
vides de l'âme. Et donc elle va de la Genèse à la Révélation. Mais quel
pourrait en être le fil conducteur? Qu'est-ce qui justifie l'étude de
l'Écriture sainte? La Bible donne-t-elle une signification à cette aventure
de communication de Dieu avec les hommes et des hommes avec Dieu? D'après
vous, quel est le mot clé de la Bible? C'est ALLIANCE (donc union et attache). C'est ce que François -et lui
seul jusqu'à présent- était capable de comprendre.
Le désir que nous avons tous
Nous
continuons à vivre sur une erreur. Nous continuons à insister sur notre péché
originel, ce péché que nous situons à l'origine de nos maux. Il est enraciné
dans notre désir d'atteindre Dieu. notre désir d'être Dieu. de contrôler la
connaissance du bien et du mal, d'être maître de la vie et de la mort. le
désir que nous avons d'entrer dans le monde de Dieu, de toucher le monde de
Dieu. Et nous ne nous rendons pas compte qu'il ne peut y avoir qu'une Genèse,
qu'un seul rêve de genèse, parce qu'il n'y aura qu'une Apocalypse, parce
qu'il y a un chapitre 21 de la Révélation. Le monde de Dieu, la nouvelle
Jérusalem qui descend pour prendre l'espace humain.
Parce que
pendant cette discussion, nous sommes tous à combattre et nous frapper la
tête contre le mur pour trouver comment effectuer notre conversion. Nous ne
nous rendons pas compte que ce que François apporte est neuf. Il a été le
premier et le seul qui a compris que si quelqu'un se tourne vers quelqu'un
d'autre, c'est Dieu qui se tourne vers nous. C'est le moment du billet
de retour (retournez cette omelette, elle brûle!)
Noël - le plus grand moment de l'Histoire
François
est le seul qui ait vu Dieu dans l'Histoire. C'est ce qui l'a fait se rendre
compte de l'importance de Noël, et c'est pourquoi Noël devint pour François
le plus grand moment. Là, Dieu touche l'Histoire. Là, Dieu devient un de
nous. Là, Dieu devient nous. Là, nous célébrons définitivement l’alliance.
Et, ici, nous devons revenir à l'Emmanuel, car, en ce temps de mots morts,
c'est le temps des veufs de leurs affections, des veufs de leurs émotions.
QUELQUES QUESTIONS POUR LA RÉFLEXION ET LA DISCUSSION
EN FRATERNITÉ
1. Pourquoi une bonne compréhension de l'évangélisation
est elle si importante pour nous Franciscains séculiers?
2. Que signifie pour vous le terme "alliance", "mot-clé" de la Bible?
3. Noël est pour François le plus grand moment de
l'Histoire. Pourquoi? |