PRESIDENCE DU CONSEIL INTERNATIONAL DE L'OFS 

PROJET DE FORMATION CONTINUE

DOSSIER MENSUEL

NOVEMBRE 2010 – ANNEE 1 – No. 11

SECTION I: LE THÈME MENSUEL

Sujet II-5: Le sens d'appartenance à l'Ordre Franciscain séculier

Le sens d'appartenance à l'O.F.S par Emanuela De Nunzio, OFS (n. 8 - 10)

Résumé et commentaire par Ewald Kreuzer, OFS

Tout être humain a, inné, un sentiment général de ce qui est bien, de ce qu'il doit faire quand les circonstances l'exigent. Dieu a donné à tous cette voix interne, la conscience. Ce qui distingue les chrétiens, et plus encore les Franciscains c'est de savoir, par le Christ et avec Lui, que la justice ne peut exister sans amour et sans charité. Notre vie active doit être nourrie par une riche vie intérieure cultivée constamment par un dialogue personnel et engageant et une interaction aimante avec notre Père Céleste. Par son fils, Jésus, Dieu a enseigné que le Mystère de la vie est directement lié au Mystère de la Croix, signe de souffrance, mais aussi enseignement d'amour, de fraternité, temps d’interaction humaine et divine, de gloire et de salut. Le "Tau" choisi par saint François que nous portons est le signe de notre acceptation de la Croix, de notre capacité et notre volonté de vivre en harmonie avec elle. Il est signe de la transformation de notre faiblesse en salut par la grâce du Christ qui est toujours personnellement à nos cotés. Il est signe d’un salut personnel pour chacun de nous, mais aussi d’un salut universel pour la communauté des croyants toujours appelés à un dialogue fraternel avec les frères et les soeurs, portant à chacun une attention particulière, et ouvrant son cœur à Dieu.

La vie intérieure.  Notre Règle (art.7) nous rappelle que la conversion « doit être reprise tous les jours ». Et les Constitutions Générales (art. 8.2 CC.GG.) affirment que notre vie doit s'inscrire dans « un itinéraire constamment renouvelé de conversion ». Il nous est demandé « un engagement politique, des compétences professionnelles, la promotion de la solidarité et de la liberté, des droits et de la justice ». Cependant ce qui est spécifiquement nôtre est la prière au Dieu vivant.  Il n'y a pas de vrai engagement chrétien dans le monde sans la prière. Benoît XVI insiste sur le fait que, avant n’importe quel programme d’activité, il doit y avoir l’adoration qui nous rend libres dans la vérité et illumine notre agir.

La spiritualité du TAU.  Le signe extérieur de l’appartenance, l'identité du Franciscain séculier est le TAU (art.43 CCGG.). Saint François tenait en particulière considération et honneur ce signe, symbole de conversion. C’est de cela que veut témoigner ce signe, grâce auquel nous nous ornons de la « spiritualité de la croix » (cf. Règle 10, CC. GG. 10). Celui qui n'accepte pas le mystère de la croix ne trouvera jamais la paix, ne trouvera aucune réponse aux éternelles questions de l'homme sur le sens de la souffrance, de la maladie, de la mort, de l'incertitude de l'existence. Il ne comprendra jamais le grand amour qui se cache derrière les blessures du Crucifié.

La "logique du don". Pour le chrétien (et, à plus forte raison, pour le franciscain) le rapport de simple justice ne suffit jamais, car la fraternité demande plus. La fraternité ne se consume pas dans le cercle étroit du Je-Vous, mais s’étend du nous jusqu'à l’espace de la tente planétaire (le monde) (Cantique des créatures). 

Questions pour la réflexion et la discussion en Fraternité 

1.      Qu'est-ce qui distingue les chrétiens, et plus encore les Franciscains, dans leur approche de la justice?

2.      Comment la "spiritualité du TAU" peut-elle influencer nos vies?

 

 SECTION II: APPROFONDISSEMENT SPIRITUEL


Sujet XI: Célébrer tous les Saints : Appartenir à la communauté de fidèles que Dieu appelle à la sainteté
Fr. Amando Trujillo Cano, TOR

 

La fête de Tous les Saints, célébrée le premier novembre, est un jour que beaucoup de chrétiens savourent, car il nous rappelle que tous les baptisés sont appelés à une vie de communion profonde avec Dieu et avec le peuple de Dieu. Cette fête célèbre ceux de nos frères et soeurs qui déjà jouissent de la pleine présence du Seigneur. Certains d’entre-eux sont reconnus (canonisés) par l'Église, les autres, inconnus de la plupart des croyants, ont eu durant leur vie une passion vraie pour le Christ et son évangile. En y pensant, nous nous souviendrons de certaines rencontres qui ont éclairé notre vie par leur amour sincère et actif de Dieu et de leur prochain. Cette solennité liturgique touche particulièrement le coeur et l'âme de ceux qui se sont engagés à suivre Jésus, et les encourage à grandir en fidélité et générosité envers Lui et son Église. La préface lue ce jour invite l'assemblée à remercier Dieu car:

 

Nous fêtons aujourd'hui la cité du ciel, notre mère la Jérusalem d'en haut, c'est là que nos frères les saints, déjà rassemblés, chantent sans fin ta louange. Et nous qui marchons vers elle par le chemin de la foi, nous hâtons le pas, joyeux de savoir dans la lumière ces enfants de notre Eglise que tu nous donnes en exemple.

 

En célébrant la solennité de Tous les Saints, il est important de nous demander comment nous comprenons la sainteté ou ce qu’est un saint. Notre attention, souvent distraite par quelques manifestations qui nous étonnent, peut nous en faire oublier le centre, l’origine. Il est bon de rappeler une des contributions ecclésiologiques du Concile de Vatican II qui insiste sur le fait que tous les croyants sont appelés à la sainteté. Lumen Gentium explicite cette vocation, décrite par les pères du Concile :

 

Il est donc bien évident pour tous que l’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quel que soit leur état ou leur forme de vie ; dans la société terrestre elle-même, cette sainteté contribue à promouvoir plus d’humanité dans les conditions d’existence. Les fidèles doivent s’appliquer de toutes leurs forces, dans la mesure du don du Christ, à obtenir cette perfection, afin que, marchant sur ses traces et se conformant à son image, accomplissant en tout la volonté du Père, ils soient avec toute leur âme voués à la gloire de Dieu et au service du prochain. Ainsi la sainteté du Peuple de Dieu s’épanouira en fruits abondants, comme en témoigne avec éclat à travers la vie de tant de saints l’histoire de l’Église. (LG 40, CGH OFS1.1)

 

Dans son introduction à "Santita francescana oggi: Significato figure formazione", Fr. Paolo Martinelli, OFMCap, explique que l'origine d'un charisme est en vérité ce qui se trouve sous toutes ses manifestations dans l'histoire qui s'ouvre par la présence du Christ et s'actualise par les saints :

 

(...) L'invitation à retourner à ses racines doit être tout d'abord comprise comme un chemin de conversion, comme un retour aux origines qui vibre dans les saints d'aujourd'hui. Ce serait une erreur grave de comprendre ce retour dans un sens 'chronologique', voire 'archéologique' . Les Saints nous protègent de ce malentendu possible et nous montrent que le coeur du mystère chrétien est toujours une Présence, la présence du Christ qui se retourne, nous appelle à le suivre "hic et nunc" (ici et maintenant), avec la force du Saint-Esprit qui "souffle où il veut."

 

L'article 17.4 des Constitutions de l'OFS relie le service de sanctification de l'Eglise et la participation de Franciscains Séculiers dans cet effort, en esquissant pour eux le chemin normal de leur participation :"avant tout dans leur propre famille, ensuite dans leur Fraternité, et enfin par leur présence active dans l'Église locale et dans la société."  Concluons cette réflexion par les mots très simples de l'admonition VI de saint François:

 

"Nous devrions avoir honte, nous, les serviteurs de Dieu. Car les saints ont agi, eux. Nous, dans nos récits et nos sermons, nous nous contentons d'exploiter leurs actions dans le but d'en retirer pour nous honneur et gloire"

Questions pour la réflexion et discussion en Fraternité

1.        Quels efforts ais-je fait pour répondre à l'appel de Dieu d’une vie de sainteté?

2.        Quels sont les saints de l'Ordre franciscain qui m'ont impressionné le plus et pourquoi?

3.        Comment les Franciscains Séculiers peuvent-ils participer à leur sanctification ?

SECTION III: LA DOCTRINE SOCIALE DE L'ÉGLISE

Bloc II: Compendium de la doctrine sociale de l'Eglise

Extraits et questions par Fr. Amando Trujillo Cano, TOR

 Partie 8 de 9: Les valeurs fondamentales de vie sociale

a. Le rapport entre principes et valeurs

197 La doctrine sociale de l'Église, au-delà des principes qui doivent présider à l'édification d'une société digne de l'homme, indique aussi des valeurs fondamentales [...] Toutes les valeurs sociales sont inhérentes à la dignité de la personne humaine, dont elles favorisent le développement authentique, et sont essentiellement: la vérité, la liberté, la justice et l'amour. Leur pratique est une voie sûre et nécessaire pour atteindre le perfectionnement personnel et une vie sociale en commun plus humaine; elles constituent la référence incontournable pour les responsables de la chose publique…

b. Vérité

198  Hommes et femmes sont tenus de façon particulière à tendre continuellement vers la vérité, à la respecter et à l'attester de manière responsable. Vivre dans la vérité revêt une signification spéciale dans les rapports [...] Au plus les personnes et les groupes sociaux s'efforceront de résoudre les problèmes sociaux en toute vérité, au mieux  ils se distanceront d'abus et agiront conformément aux demandes objectives de moralité. Notre époque requiert une intense activité éducative et un engagement de la part de tous, afin que la recherche de la vérité […] soit promue dans chaque milieu et prévale sur toute tentative d'en relativiser les exigences ou de lui porter atteinte [...] l'usage sans scrupules de l'argent fait naître des interrogations toujours plus pressantes, qui renvoient nécessairement à un besoin de transparence et d'honnêteté dans l'action personnelle et sociale.

c. Liberté

199 La liberté est dans l'homme un signe très élevé de l'image divine et, en conséquence, un signe de la dignité sublime de chaque personne humaine (...) Le droit à l'exercice de la liberté est une exigence inséparable de la dignité de la personne humaine. Il ne faut pas restreindre le sens de la liberté en la considérant dans une perspective purement individualiste et en la réduisant à un exercice arbitraire et incontrôlé de l'autonomie personnelle... 200 La valeur de la liberté, en tant qu'expression de la singularité de chaque personne humaine, est respectée quand il est permis à chaque membre de la société de réaliser sa vocation personnelle [...] Ceci doit advenir au sein d'un « contexte juridique ferme », dans les limites du bien commun et de l'ordre public et, en tous les cas, à l'enseigne de la responsabilité. Par ailleurs, la liberté doit aussi se manifester comme capacité de refus de ce qui est moralement négatif, sous quelque forme que ce soit […] La plénitude de la liberté consiste dans la capacité de disposer de soi en vue du bien authentique, dans la perspective du bien commun universel.

d. Justice

201. …Du point de vue subjectif, la justice se traduit dans l'attitude déterminée par la volonté de reconnaître l'autre comme personne, tandis que, du point de vue objectif, elle constitue le critère déterminant de la moralité dans le domaine inter-subjectif et social. Le Magistère social de l'Eglise rappelle au respect des formes classiques de la justice: la justice commutative, la justice distributive et la justice légale […]  La justice sociale, exigence liée à la question sociale, qui se manifeste aujourd'hui sous une dimension mondiale, concerne les aspects sociaux, politiques et économiques et, surtout, la dimension structurelle des problèmes et des solutions qui s'y rattachent. 202 La justice apparaît comme particulièrement importante dans le contexte actuel, où la valeur de la personne, de sa dignité et de ses droits […] est sérieusement menacée par la tendance diffuse de recourir exclusivement aux critères de l'utilité et de l'avoir […] De fait, la justice n'est pas une simple convention humaine, car ce qui est « juste » n'est pas originellement déterminé par la loi, mais par l'identité profonde de l'être humain. 203 La pleine vérité sur l'homme permet de dépasser la vision contractualiste de la justice, qui est une vision limitée, et d'ouvrir aussi à la justice l'horizon de la solidarité et de l'amour. Seule, la justice ne suffit pas [...] De fait, l'objectif de la paix sera certainement atteint grâce à la mise en œuvre de la justice sociale et internationale, mais aussi grâce à la pratique des vertus qui favorisent la convivialité et qui nous apprennent à vivre unis afin de construire dans l'unité, en donnant et en recevant, une société nouvelle et un monde meilleur».

Questions pour réflexion et discussion en Fraternité

1.   Selon votre expérience, les personnes et les groupes sociaux s'efforcent-ils de s'appuyer sur la vérité pour résoudre les conflits sociaux?

2.   Comment votre Fraternité peut-elle aider ses membres à progresser vers leur plénitude de liberté, la liberté étant bien entendu comprise comme capacité de disposer de soi en vue du bien authentique, du bien commun universel?

3.   Que peuvent faire les Franciscains Séculiers pour stimuler une vision de justice qui embrasse solidarité et amour?