Présidence du Conseil international OFS

Project du Formation Permanente

Dossier Mensuel

     JUIN 2010  -  ANNÉE 1  -  no. 6

 

SECTION I : LE THÈME MENSUEL

 

Sujet 1 – 6 : Profession dans l’OFS

Profession dans l’OFS : Don et Engagement, par Fr. Felice Cangelosi, OFM Cap. (nn. 12-13)

Résumé et commentaires

Ewald Kreuzer, OFS

 

n. 12. Voici la structure essentielle de la Profession dans l’Ordre Franciscain Séculier : la vie des Franciscains Séculiers dépend de l’évangile qui nous parvient par l’intermédiaire de l’inspiration et l’expérience de François d’Assise; en effet, François a pris l’évangile comme  règle de vie et d’action dès le début de sa conversion. La médiation franciscaine de l’évangile s’étend jusqu’à la Règle de l’Ordre Franciscain Séculier,  «cette Règle »  (et pas à d’autre), telle que « reconnue par l’Église ». Par cette approbation au plus haut niveau, l’Église prend « possession » de la Règle de l’OFS (la Règle appartient à l’Église) et par son autorité la propose  aux Franciscains Séculiers. De cette façon, l’Église transmet simplement aux Franciscains Séculiers le message évangélique du salut, qui est l’esprit et la vie pour les croyants. Donc, pour ceux qui font profession dans l’Ordre Franciscain Séculier afin d’ «obtenir la perfection de la charité dans leur condition séculière » (Règle 2), la référence à François, la Règle et les Constitutions n’est pas une matière optionnelle : elle fixe le standard, c’est la norme.

 

Évidemment tout dépend de la façon dont on comprend et vit la vocation franciscaine. Une vraie vocation est celle qui s’empare d’une personne tout entière et  devient la substance même de tout son être au point que l’individu est incapable de penser ou de se définir, si ce n’est comme celui qui est appelé à la vie franciscaine évangélique.

 

n. 13.  La Préface du Rituel de l’OFS s’ouvre avec la déclaration suivante : « Beaucoup d’hommes et femmes, mariés ou célibataires, et beaucoup de membres du clergé diocésain sont appelés par Dieu à suivre la voie de perfection de la vie évangélique suivant l’exemple et à la manière de saint François d’Assise pour partager son charisme et de le rendre présent dans le monde. Ils promettent de suivre Jésus Christ et de vivre l’évangile en fraternité en entrant dans l’Ordre Franciscain Séculier ». (Préface, n. 1) . Pour François, suivre le Christ devenait quelque chose d’extrêmement concret : cela signifiait suivre la pauvreté du Christ, suivant l’humilité du Christ; suivant la vie du Christ; suivant les préceptes du Christ; suivant la doctrine du  Christ; suivant la volonté  du Christ; suivant la bonté du Christ; suivant l’esprit des Écritures; suivant le Bon Berger; en suivant les pas du Christ.

 

En anticipant de quelques siècles l’enseignement du Second Concile du Vatican,  François a pressenti dans l’évangile la présence de Jésus Christ. Il avait la connaissance vivante que le Seigneur lui parlait directement, au-delà des limites de l’espace et du temps, à travers la parole biblique. Dans cette parole il a vu comme une sorte d’Incarnation du Verbe, qui lui manifestait la divine volonté et la vérité.

 

Questions pour la réflexion et la discussion en fraternité.

 

1.      Quelle est la « structure essentielle » de la Profession dans l’Ordre Franciscain Séculier?

 

2.      Quels sont les « signes »  d’une vraie vocation franciscaine?

 

3.      Que signifie pour un Séculier Franciscain la promesse de « suivre » Jésus Christ?  

 

SECTION II: SPIRITUAL INSIGHT

 

Sujet VI :  Raymond Lulle et la passion pour la mission : Appartenance  à un Ordre évangélisateur

Fr. Amando Trujillo Cano, TOR

 

Un soir, le troubadour Raymond Lulle  (vers 1232 – 1316) était assis près de son lit, prêt à composer et à écrire un chant d’amour pour une dame avec qui il était tombé en amour, quand quelque chose se produisit qui allait transformer radicalement le reste de sa vie. Il travaillait comme majordome à la cour royale du roi Jacques II de Majorque; il était donc devenu familier avec la vie politique et diplomatique du royaume. Comme il commença à écrire le chant d’amour, il a vu Jésus sur la croix à sa droite, mais par peur il alla se coucher. Cette vision continua d’apparaître à Raymond quatre autres fois durant les jours suivants. Comme il essayait de l’ignorer, la vision devenait de plus en plus effrayante, jusqu’à ce qu’elle lui apparaisse une cinquième fois. Alors, cette fois-ci, il y paya attention et ne cessa pas de réfléchir sur sa signification pendant toute la nuit. A cause de cette expérience et celle d’avoir écouté un sermon sur saint François d’Assise, trois mois auparavant, Raymond réalisa qu’il était appelé par le Christ à abandonner tout et à consacrer sa vie pour l’amour et la gloire de Dieu à la conversion des Sarrasins. Vers la fin de sa vie, dans son livre Disputatio Petri clerici et Raymundi phantastici (Dispute de Pierre, le clerc, et Raymond le fantastique), Raymond décrit ainsi l’itinéraire de sa vie :   

 

J’étais un homme marié, avec des enfants, assez riche, débauché et mondain. J’ai laissé tout  cela librement, afin de chercher l’honneur le Dieu et le bien public et exalter la sainte foi. J’ai appris la langue arabique; j’ai prêché aux Sarrasins plusieurs fois; je fus arrêté pour ma foi, emprisonné et blessé. Pendant quarante-cinq ans, j’ai essayé de faire en sorte que l’Église et les princes chrétiens agissent en faveur du bien public. Maintenant, je suis vieux et pauvre, mais j’insiste sur le même sujet, et je continuerai à y insister, si telle est la volonté de Dieu.

 

Après sa conversion, Lulle se dévoua à la contemplation et à l’étude afin de se préparer à accomplir la mission que, selon sa conviction, le Christ lui avait confiée. Ses écrits reflètent son propre itinéraire de foi, aussi bien que sa croissance intellectuelle et son ardent désir de communiquer sa foi dans le Christ à tous – les non-croyants et les chrétiens qui étaient tombés dans la médiocrité. Il a écrit sur plusieurs aspects de la connaissance humaine et dans différents styles et langues afin de réaliser son rêve de rendre la foi dans le Christ plus accessible aux hommes et femmes de son temps, ce temps caractérisé par beaucoup de contradictions avec l’évangile. Il arriva à ouvrir une école où les futurs  missionnaires pourraient apprendre la langue arabique à Miramar,  au Majorque, et de plusieurs façons il anticipa la fondation de la Propaganda Fidei.  Il envisageait une Église qui serait pleinement engagée à proclamer la connaissance du Christ au monde, et qui combattrait pour faire de cela une réalité. Dans son livre, Pour connaître Raymond Lulle, voici ce que Sara Muzzi déclare :

 

Avec les moyens à sa disposition, - l’héritage culturel que se partageaient les religions monothéistes et une méthode de son invention, un don de Dieu et l’endroit où il vivait - Raymond essayait d’encourager une comparaison ouverte et déployée avec ses interlocuteurs, à partir d’une position claire et respectueuse de sa propre identité chrétienne et des valeurs que les autres religions pouvaient porter. (5)

 

En dernier lieu, mais pas par ordre d’importance, Raymond Lulle avait été traditionnellement associé au Tiers-Ordre de Saint François. Sa spiritualité était clairement exprimée par l’idéal de saint François d’Assise. La fête liturgique du Bienheureux Raymond Lulle est célébrée le 30 juin. Concluons avec quelques paroles tirées de la Règle de l’OFS sur les implications de la Profession des Franciscains Séculiers :

 

Ils devraient se présenter comme des témoins  et des instruments de la mission de l’Église parmi les peuples, en proclamant le Christ par leur vie et leurs paroles. Appelés comme saint François à réparer l’Église et inspirés par son exemple, qu’ils se consacrent  énergiquement à vivre en pleine communion avec le Pape, les évêques et les prêtres, tout en cultivant un dialogue ouvert et confiant rempli d’efficacité et de créativité apostoliques. (6)

 

 

Questions pour réflexion et discussion en fraternité.

 

1.      Quelle sorte d’engagement apostolique ma fraternité fait-elle pour rejoindre les  non-croyants?

 

2.      Comment les Franciscains Séculiers peuvent-ils nourrir la passion pour  l’évangélisation des hommes et des femmes de notre temps et la transformer  en initiatives concrètes, en collaboration avec la hiérarchie de l’Église?

 

SECTION III: LA DOCRRINE SOCILE DE L’ÉGLISE

Bloc II : Compendium, de la Doctrine Sociale de l’Église

Partie 3 de 9 : Le principe du bien commun

Introduction, extraits et questions par le Fr. Amando Trujillo Cano, TOR

 

Après avoir consacré tout le Chapitre Trois de la Partie Une au Principe personnaliste, le Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église continue à présenter les autres principes. Le Chapitre Quatre commence avec une introduction générale aux Principes de la Doctrine Sociale de l’Église où il explique leur signification et unité. Nous présentons maintenant une sélection de textes tirés de cette introduction qui est suivie par une autre sélection concernant le second principe  que nous considérons dans ce second bloc du Projet de Formation Permanente Annuelle de l’CIOFS : Le principe du bien commun.

 

Principes de la Doctrine Sociale de l’Église

160. Le principe permanent de la doctrine sociale de l’Église constitue le cœur même de l’enseignement social catholique. Ce sont les principes de : la dignité de la personne humaine […] ; le bien commun; la subsidiarité et la solidarité. Ces principes, qui sont l’expression de toute la vérité au sujet de l’homme connu par la raison et la foi, jaillissent de « la rencontre du message évangélique et de ses exigences résumées dans le commandement suprême de l’amour de Dieu et du prochain et dans la justice avec des problèmes émanant de la vie de la société ». […]  161.  Ces principes ont un caractère  général et fondamental car ils concernent la réalité sociale dans son ensemble…162. Les principes de la doctrine sociale doivent être appréciés dans leur caractère unitaire, dans leur connexion et leur articulation […]  163.  Les principes de la doctrine sociale, dans leur ensemble constituent la première articulation de la vérité de la société, par laquelle toute conscience est interpellée et invitée à agir en interaction avec chaque autre conscience, dans la liberté, dans une pleine co-responsabilité avec tous et à l’égard de tous… Ces principes ont une signification profondément morale car ils renvoient aux fondements ultimes qui ordonnent la vie sociale…Ces principes nous rappellent, en effet, que la société historiquement existante jaillit de l’enchevêtrement des libertés de toutes les personnes qui agissent en interaction en son sein, contribuant ainsi, par leur choix, à l’édifier ou à l’appauvrir.

 

Le Principe du Bien Commun

164. De la dignité, de l’unité et de l’égalité de toutes les personnes découle avant tout le principe du bien commun auquel tout aspect de la vie sociale doit se référer pour trouver une plénitude de sens. […] Le bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. Étant à tous et à chacun, il est et demeure commun, car indivisible et parce qu’il n’est possible qu’ensemble de l’atteindre, de l’accroître et de le conserver, notamment en vue de l’avenir.  165. Une société qui, à tous les niveaux, désire véritablement demeurer au service de l’être humain, est celle qui se fixe le bien commun pour objectif prioritaire, dans la mesure où c’est un bien appartenant à tous les hommes et à tout l’homme. La personne ne peut pas trouver sa propre réalisation uniquement en elle-même, c’est-à-dire indépendamment de son être « avec » et « pour » les autres.

167.  Le bien commun engage tous les membres de la société : aucun n’est exempté de collaborer, selon ses propres capacités, à la réalisation et au développement de ce bien. […] Le bien commun découle des inclinations les plus élevées de l’homme […] Tous ont aussi le droit de bénéficier des conditions de vie sociale qui résultent de la recherche du bien commun.

168.   La responsabilité de poursuivre le bien commun revient non seulement aux individus mais aussi à l’État, car le bien commun est la raison d’être de l’autorité politique. […]  169.  Pour garantir le bien commun, le gouvernement de chaque pays a pour tâche spécifique d’harmoniser avec justice les divers intérêts sectoriels.  […] 170.  Dieu est la fin ultime de ses créatures et en aucun cas on ne peut priver le bien commun de sa dimension transcendante, qui dépasse  mais aussi achève la dimension historique. […]  Une vision purement historique et matérialiste finirait par transformer le bien commun en simple bien-être socio-économique, privé de toute finalisation transcendante, c’est-à-dire de sa raison d’être la plus profonde.

 

Questions pour réflexion et discussion en fraternité.

 

1.      Comment les Franciscains Séculiers peuvent-ils partager les principes de la doctrine sociale de l’Église pour interpeller et inviter chaque conscience à communiquer avec chaque autre conscience dans la vérité et  responsabilité partagée?

2.      Afin de  collaborer à la réalisation du bien commun, comment notre fraternité peut-elle cultiver l’aptitude et l’effort constants pour rechercher le bien des autres, comme si c’était son propre bien?