PRESIDENCE DU CONSEIL INTERNATIONAL DE L'OFS

PROGRAMME DE FORMATION CONTINUE

DOSSIER MENSUEL

DECEMBRE 2011 – 2ème ANNÉE – No. 24

SECTION I: LE THEME MENSUEL

12: L'évangélisation est l'action de l'Esprit saint (EN 75-81) 

Commentaires, extraits et questions par Ewald Kreuzer, OFS

"Le Saint-Esprit est l'âme de l'Eglise" dit Paul VI dans son Exhortation Apostolique "Evangelii Nuntiandii" (n.75) toujours  très pertinente dans la mission évangélisatrice actuelle de l'Église. Le pape y exprime le désir que "pasteurs et théologiens - et nous ajouterions fidèles marqués du sceau de l'Esprit  par le baptême - doivent approfondir la nature et le mode d'action du Saint-Esprit dans l'évangélisation" et exhorte "tout les évangélisateurs, quels qu'ils soient, à prier sans cesse avec foi et ferveur le Saint-Esprit et à se laisser guider par Lui comme inspirateur décisif de leurs plans, de leurs initiatives et de leurs activités d'évangélistes." Et nous,  Franciscains séculiers, rappelons nous aussi la parole de saint François : le Saint-Esprit Lui-même est le vrai "Ministre Général" de notre Ordre. Ayant cela bien en tête, suivons  avec confiance dans l'Esprit notre vocation spécifique, notre mission de vivre l'Évangile selon la spiritualité franciscaine en notre condition séculière." (cf. CG. 8, 1)

75. PAR L'ACTION DU SAINT-ESPRIT. Il n’y aura jamais d’évangélisation possible sans l’action de l’Esprit Saint. (…)En fait, ce n’est qu’après la venue du Saint-Esprit, le jour de la Pentecôte, que les Apôtres partirent vers tous les horizons du monde pour commencer la grande œuvre d’évangélisation. (…)

Il est l’âme de cette Eglise. C’est lui qui explique aux fidèles le sens profond de l’enseignement de Jésus et son mystère. Il est celui qui, aujourd’hui comme aux débuts de l’Eglise, agit en chaque évangélisateur qui se laisse posséder et conduire par lui. Il met en sa bouche les mots que seul il ne pourrait trouver, tout en prédisposant aussi l’âme de celui qui écoute pour le rendre ouvert et accueillant à la Bonne Nouvelle et au Règne annoncé. Les techniques d’évangélisation sont bonnes mais les plus perfectionnées ne sauraient remplacer l’action discrète de l’Esprit. La préparation la plus raffinée de l’évangélisateur n’opère rien sans lui. Sans lui, la dialectique la plus convaincante est impuissante sur l’esprit des hommes. Sans lui, les schémas sociologiques ou psychologiques les plus élaborés se révèlent vite dépourvus de valeur. Nous vivons dans l’Eglise un moment privilégié de l’Esprit. On cherche partout à le connaître mieux, tel que l’Ecriture le révèle. On est heureux de se mettre sous sa mouvance. On s’assemble autour de lui. On veut se laisser conduire par lui.

Or, si l’Esprit de Dieu a une place éminente dans toute la vie de l’Eglise, c’est dans la mission évangélisatrice de celle-ci qu’il agit le plus. On peut dire que l’Esprit Saint est l’agent principal de l’évangélisation : c’est lui qui pousse chacun à annoncer l’Evangile et c’est lui qui dans le tréfonds des consciences fait accepter et comprendre la Parole du salut. (1) Mais l’on peut dire également qu’il est le terme de l’évangélisation : lui seul suscite la nouvelle création, l’humanité nouvelle à laquelle l’évangélisation doit aboutir, avec l’unité dans la variété que l’évangélisation voudrait provoquer dans la communauté chrétienne. A travers lui l’Evangile pénètre au cœur du monde car c’est lui qui fait discerner les signes des temps — signes de Dieu — que l’évangélisation découvre et met en valeur à l’intérieur de l’histoire (…).

76. LE TÉMOIGNAGE DE VIE EST ESSENTIEL. (…) On répète souvent, de nos jours, que ce siècle a soif d’authenticité. A propos des jeunes, surtout, on affirme qu’ils ont horreur du factice, du falsifié, et recherchent par-dessus tout la vérité et la transparence. Ces “ signes des temps ” devraient nous trouver vigilants. Tacitement ou à grands cris, toujours avec force, l’on demande: Croyez-vous vraiment à ce que vous annoncez ? Vivez-vous ce que vous croyez? Prêchez-vous vraiment ce que vous vivez ? Plus que jamais le témoignage de la vie est devenu une condition essentielle de l’efficacité profonde de la prédication. Par ce biais-là nous voici, jusqu’à un certain point, responsables de la marche de l’Evangile que nous proclamons. (...) Nous exhortons donc nos Frères dans l’épiscopat, placés par l’Esprit Saint pour gouverner l’Eglise. (2)  Nous exhortons les prêtres et les diacres, collaborateurs des Evêques dans le rassemblement du peuple de Dieu et dans l’animation spirituelle des communautés locales. Nous exhortons les religieux, témoins d’une Eglise appelée à la sainteté et donc conviés eux-mêmes à une vie qui témoigne des béatitudes évangéliques. Nous exhortons les laïcs : familles chrétiennes, jeunes et adultes, tous ceux qui exercent un métier, les dirigeants, sans oublier les pauvres souvent riches de foi et d’espérance, tous les laïcs conscients de leur rôle évangélisateur au service de leur Eglise ou au cœur de la société et du monde. Nous leur disons à tous : il faut que notre zèle évangélisateur jaillisse d’une véritable sainteté de vie alimentée par la prière et surtout par l’amour de l’Eucharistie, et que, comme nous le suggère le Concile, Vatican II, la prédication à son tour fasse grandir en sainteté le prédicateur. (3)

77. L'UNITÉ, CHEMIN ET INSTRUMENT D'ÉVANGÉLISATION.  La force de l’évangélisation se trouvera bien diminuée si ceux qui annoncent l’Evangile sont divisés entre eux par toutes sortes de ruptures. (…)La division des chrétiens est un grave état de fait qui parvient à entacher l’œuvre même du Christ. Le Concile Vatican II affirme avec lucidité et fermeté qu’elle “ nuit à la cause sacrée de la prédication de l’Evangile à toute créature, et pour beaucoup elle ferme l’accès à la foi (4)”. Voilà pourquoi Nous avons cru nécessaire de rappeler à tous les fidèles du monde catholique que “ la réconciliation de tous les hommes avec Dieu, notre Père, présuppose, en effet, le rétablissement de la communion entre ceux qui ont déjà, dans la foi, reconnu et accueilli Jésus-Christ comme le Seigneur de la miséricorde qui libère les hommes et les unit dans l’Esprit d’amour et de vérité (5). Nous souhaitons ici souligner combien le signe d'unité parmi tous les Chrétien est chemin et instrument d'évangélisation (…).

78. SERVITEURS DE LA VÉRITÉ. (…) L’Evangile dont nous avons la charge est aussi parole de vérité. Une vérité qui rend libre (6) et qui seule donne la paix du cœur, c’est ce que les gens viennent chercher lorsque nous leur annonçons la Bonne Nouvelle. Vérité sur Dieu, vérité sur l’homme et sa mystérieuse destinée, vérité sur le monde. Difficile vérité que nous recherchons dans la Parole de Dieu et dont nous ne sommes, encore une fois, ni les maîtres ni les propriétaires, mais les dépositaires, les hérauts, les serviteurs. Docteurs, que vous soyez théologiens, exégètes, historiens, l’œuvre de l’évangélisation a besoin de votre infatigable labeur de recherche et aussi de votre attention et de votre délicatesse dans la transmission de la vérité, dont vos études vous rapprochent mais qui est toujours plus grande que le cœur de l’homme, car c’est la vérité même de Dieu. Parents et maîtres, votre tâche, que les multiples conflits actuels ne rendent pas facile, est d’aider vos enfants et vos élèves dans la découverte de la vérité, y compris de la vérité religieuse et spirituelle.

79. SIGNES D'AMOUR.  L’œuvre de l’évangélisation suppose, dans l’évangélisateur, un amour fraternel toujours grandissant envers ceux qu’il évangélise. Ce modèle d’évangélisateur qu’est l’Apôtre Paul écrivait aux Thessaloniciens cette parole qui est un programme pour nous tous : “ Telle était notre tendresse pour vous que nous aurions voulu vous livrer, en même temps que l’Evangile de Dieu, notre propre vie, tant vous nous étiez devenus chers ”. (7) Quelle est cette affection ? Bien plus que celle d’un pédagogue, elle est celle d’un père ; et plus encore : celle d’une mère. (8) C’est cette affection que le Seigneur attend de chaque prédicateur de l’Evangile, de chaque bâtisseur de l’Eglise. Un signe d’amour sera le souci de donner la vérité et d’introduire dans l’Unité. Un signe d’amour sera également de se dévouer sans réserve ni retour à l’annonce de Jésus-Christ.

Permettez-Nous de faire mention de quelques autres signes de cet amour. Le premier est le respect de la situation religieuse et spirituelle des personnes qu’on évangélise. Respect de leur rythme qu’on n’a pas le droit de forcer outre mesure. Respect de leur conscience et de leurs convictions, à ne pas brusquer. Un autre signe de cet amour est le souci de ne pas blesser l’autre, surtout s’il est faible dans sa foi, (9) avec des affirmations qui peuvent être claires pour les initiés, mais qui pour les fidèles peuvent être source de perturbation et de scandale, comme une blessure dans l’âme. Un signe d’amour sera aussi l’effort de transmettre aux Chrétiens non pas des doutes et des incertitudes nés d’une érudition mal assimilée, mais des certitudes solides, parce que ancrées dans la Parole de Dieu. Les fidèles ont besoin de ces certitudes pour leur vie chrétienne ; ils y ont droit, en tant qu’enfants de Dieu qui, entre ses bras, s’abandonnent entièrement aux exigences de l’amour.

Questions pour la réflexion et la discussion en Fraternité

1.      Comment coopérer avec le Saint-Esprit dans notre mission spécifique d'évangélisation?

2.      L'unité des chrétiens signifie-t-elle "uniformité" ou la diversité peut-elle être signe de vitalité et d'enrichissement ?

3.      Paul VI parle des "signes d'amour" que nous devrions toujours donner dans notre mission d'évangélisation. Quelle est votre expérience dans la pratique de ces signes avec vos frères et sœurs de la Fraternité? 

 SECTION II: SPIRITUALITE ET DOCTRINE SOCIALE DE L'EGLISE

9 de 9: Notre Dame de Guadalupe

Méditation par Fr. Amando Trujillo Cano, TOR

"Dix ans après la prise de Mexico, la guerre prit fin et la paix régna parmi le peuple; de cette façon la foi commença à éclore, le discernement du vrai Dieu pour qui nous vivons. En ce temps là, en l’année quinze cent trente et un, dans les premiers jours du mois de décembre, vivait un pauvre Indien appelé Juan Diego, connu comme étant un natif de Cuautitlan. A certains égards... il appartenait spirituellement à Tlatilolco.

http://www.corazones.org/maria/america/blvirguadalupe.jpgUn samedi, tout juste avant l’aube, il était en route pour le culte divin et pour ses propres affaires. Lorsqu’il arriva au pied de la colline connu sous le nom de Tepeyacac, le jour parut et il entendit chanter sur la colline, comme un chant de différents beaux oiseaux Occasionnellement la voix des chanteurs s’arrêtait et il semblait que l’écho répondit. Le chant, très doux et délicieux, était plus beau que celui du coyoltotol, du tzintizcan et d’autres beaux oiseaux. Juan Diego s’arrêta pour voir et se dit à lui-même “Par chance, suis-je digne de ce que j’entends? Peut-être suis-je en train de rêver? Suis-je réveillé? Où suis-je? Peut-être suis-je dans ce paradis terrestre dont nous parlaient nos ancêtres? Peut-être suis-je maintenant au ciel? Il regardait vers l’est, vers le haut de la colline d’où venait ce précieux chant céleste; puis, subitement le chant s’arrêta et le silence régna. Il entendit alors une voix venant de la colline qui lui disait “Juanito, Juan Dieguito” Il s’aventura alors vers l'endroit où on l’appelait. Il n’était pas le moindrement effrayé; au contraire, il jubilait. Il grimpa alors la colline pour voir d’où on l’appelait. Quand il atteignit le sommet il vit une Dame qui s’y tenait debout et qui lui dit de s’avancer. S’approchant d’elle, il s’émerveilla de sa grandeur surhumaine; ses vêtements brillaient comme le soleil; la falaise sur laquelle reposaient ses pieds étincelait de lumière comme entourée d’un bracelet de pierres précieuses, et la terre resplendissait comme un arc en ciel, Les mezquites, nopales et autres mauvaises herbes qui poussent à cet endroit, paraissaient comme des émeraudes, leurs feuillages comme des turquoises, leurs branches et leurs épines brillaient comme de l’or. Il s’inclina devant elle et entendit sa parole, douce et courtoise, comme quelqu’un qui vous charme et vous enchante profondément. Elle lui dit : “Juanito, le plus humble de mes fils, où vas-tu?" Il lui répondit “Madame et enfant, Je dois atteindre ton église à Mexico, Tlatilolco, afin de poursuivre les choses divines qui nous sont enseignées et données par nos prêtres et nos délégués et Notre Seigneur.

Elle lui parla alors ainsi: “Sache et comprends bien, le plus humble de mes fils, que je suis la toujours vierge Sainte Marie, Mère du Vrai Dieu pour qui nous existons, du Créateur de toutes choses, Seigneur du ciel et de la terre. J’aimerais qu’une église soit érigée ici, rapidement, afin que je puisse vous montrer et vous donner mon amour, ma compassion, mon aide et ma protection, parce que je suis votre mère miséricordieuse, à vous, à tous les habitants de cette terre et à tous ceux qui m’aiment, m’invoquent et ont confiance en moi. J’écoute leurs lamentations et je remédie à leurs misères, leurs détresses et leurs peines. Afin d’accomplir ce qu’exige ma clémence, va au palais de l’évêque de Mexico et tu lui diras que je manifeste un grand désir qu’ici, sur cette plaine, une église soit construite en mon honneur; tu lui raconteras dans les moindres détails tout ce que tu as vu et admiré et ce que tu as entendu. Sois assuré que je te serai extrêmement reconnaissante et que je te récompenserai, parce que je te rendrai heureux et digne de récompense pour les efforts et la fatigue que tu vas endurer pour cette mission. Voilà, tu as entendu mes instructions, mon humble fils, va et fais tous tes efforts.

http://www.corazones.org/maria/america/blvirguadalupe.jpgAinsi commence la fascinante histoire des apparitions de la Vierge de Guadalupe (les 9, 10 et 12 décembre), la rencontre entre la "toujours vierge Sainte Marie, Mère du vrai Dieu pour qui nous existons" et "les habitants de cette terre", sur  laquelle émergeait une civilisation métisse, dans les douleurs de l'enfantement, mais depuis ce moment illuminée par l'astre du ciel (Luc, 1:78), le Fils de Marie. L'histoire du Nouveau Monde avait atteint un point décisif dix années plus tôt, le 13 août 1521, avec la chute de Tenochtitlan face aux troupes de Cortés et de ses alliés, peuples indigènes qui avaient été subjugués par les aztèques et forcés de payer de lourds impôts. Le peuple aztèque avait la culture la plus développée de la Méso-Amérique bien qu'ils aient pratiqué des sacrifices humains dans l'espoir que le sang offert aux dieux permette au soleil de poursuivre son cours et de renaître chaque matin. Le premier gouvernement de la Nouvelle Espagne, la "Première Audience", fut installée en 1528 par le roi d'Espagne Charles V et dirigée par Nuno Guzman, cruel et impitoyable envers les autochtones. La maltraitance des indigènes a grandement compliqué la tâche des missionnaires et a conduit à un environnement social volatile et prompt aux insurrections. La même année, le roi a nommé le Frère franciscain Juan de Zumarraga premier Évêque de Mexico et défenseur des Indiens.

Les apparitions de la Vierge de Guadalupe à Juan Diego nous rappellent que Dieu choisit les doux et les humbles pour Son travail de salut. Juan Diego s'est considéré indigne de la mission qu’ lui avait confiée la Vierge. Il l'a pourtant acceptée et, lorsqu'il fut confronté aux difficultés, appris à avoir confiance en  l'amour maternel de Marie. Ce faisant, il a rempli son rôle dans l'extension du Royaume de Dieu. Comme lui, nous sommes aussi appelés à prendre nos responsabilités dans l'évangélisation de notre société, dans la construction d'une civilisation d'amour malgré les difficultés que nous rencontrons. Il nous est demandé d'avoir confiance en Jésus qui nous a envoyés et en Marie qui nous accompagne. Quand Juan Diego s'est inquiété de son oncle malade, Juan Bernardino, la Vierge de Guadalupe l'a rassuré par des paroles d'amour et d'encouragement, des paroles qu'elle nous adresse aussi:

”Ecoute moi et comprends bien, le moindre de mes fils, rien ne doit t’effrayer ou te peiner. Que ton cœur ne soit pas troublé. N’aies pas peur de cette maladie, ni d’aucune autre maladie ou angoisse. Ne suis-je pas là, moi qui suis ta Mère? N’es-tu pas sous ma protection? Ne suis-je pas ta santé? Ne reposes-tu pas heureux en mon sein? Que désires-tu de plus? Ne sois pas malheureux ou troublé par quoi que ce soit. Ne sois pas affligé par la maladie de ton oncle, il n’en mourra pas. Sois assuré qu’il est maintenant guéri.

Ce même jour, le 12 décembre 1531, la Vierge dit à Juan Diego de porter des roses à l'évêque qui avait demandé un signe. Juan Diego a coupé les roses sur la colline, des roses étrangement présentes en  cette période de l'année, et les a mises dans son manteau ou tilma. Quand il les a montrées à l'évêque, tous ont été surpris de découvrir l'image de la Vierge gravé dans le tilma. Cette image est un vrai codex de couleurs et de formes portant un message religieux avec des éléments de culture indigène, rendant les autochtones à même de comprendre et d'accepter la foi chrétienne. La Vierge du Tepeyac montre clairement l'importance d'une inculturation de l'Évangile dans des milieux différents. Dans notre monde d'aujourd'hui, nous sommes aussi appelés à proclamer le message de Jésus en utilisant bien à propos des éléments culturels bien compris afin que les individus et les peuples puissent être renouvelés de l'intérieur.

La Vierge a apporté la réconciliation et non la division entre indigènes et espagnols. Elle les a aidés à comprendre que la foi chrétienne n'est pas la propriété de quiconque, mais un don d'amour pour tous. Sa présence était décisive pour l'évangélisation du "Nouveau Monde", en jouant un rôle important dans l'identité nationale et l'histoire du Mexique, comme ce fut le cas pendant la lutte pour l'indépendance. Cependant, la dévotion à notre Dame de Guadalupe va bien au delà du Mexique. Le Pape Benoît XIV, par la Bulle Non est équidem  (25 mai 1754) a déclaré la Vierge de Guadalupe patronne et protectrice de la Nouvelle Espagne et approuvé l'Office et la Messe de sa fête le 12 décembre.  Le 24 août 1910, Saint Pie X l'a déclarée "Sainte Patronne de l'Amérique latine"  et le 16 juillet 1935, Pie XI étendit ce patronage  aux Philippines. Le 12 octobre 1961, le Pape Jean XXIII annonça une nouvelle Année Mariale et proclamé la Vierge de Guadalupe Mère des Amériques. Le 31 juillet 2002, le Bienheureux Jean-Paul II célébra, dans la Basilique de Guadalupe, la canonisation de Juan Diego. Le Pape déclara que dans la culture de mort actuelle, la Vierge de Guadalupe, promotrice et avocate de la vie humaine peut nous rendre espoir. Elle apparut enceinte à Juan Diego et les Indiens comprirent que c'était la Mère de Dieu qui leur rendait visite. L'Église aujourd'hui demande son intercession pour défendre la vie contre le génocide de l'avortement et pour vaincre les autres menaces contre la dignité humaine et la marginalisation de peuples. Le message de la Vierge de Guadalupe est un message d'espoir pour l'humanité en notre changement d'époque et une demande de participation  active et fidèle à l'évangélisation des nouvelles cultures. Elle nous rappelle que nous ne sommes pas seuls, et qu'elle continue à nous apporter la Lumière du monde. (Jn 8:20)

Le service en politique (II) 569-574)

Présentation  et questions par Fr. Amando Trujillo Cano, TOR

Ce mois-çi nous présentons les six derniers articles de la section Service en politique du Compendium de la Doctrine Sociale de l'Église. Ces articles examinent les aspects divers du discernement, sujet qui a été introduit le mois dernier, afin d'aider le fidèle laïc impliqué ou voulant s'impliquer dans des activités politiques sur l'aspect des valeurs chrétiennes. Cette section rappelle aux fidèles laïcs que, considérant le mode de fonctionnement du système démocratique, ils devront examiner avec soin le contenu des informations, des recherches scientifiques et des décisions économiques, ainsi que ce qui se rapporte aux aspects moraux concernant la sacralité de la vie, du mariage et de la famille. Pour faciliter ce discernement, l'Abrégé offre quelques critères de base et insiste  sur l'intégration des valeurs naturelles, des valeurs morales et des valeurs surnaturelles. Un autre sujet inclus dans cette section est la responsabilité morale des législateurs dans certains programmes politiques et lois individuelles qui contredisent "le contenu fondamental de foi et moralité." Ce segment demande aussi que soit faite une "distinction adéquate entre les sphères politiques" et religieuses et explique le rôle du magistère de l'Église dans l'instruction et l'éclairage de la conscience des fidèles. L'Abrégé signale aussi la responsabilité de l'Etat dans la sauvegarde de la liberté religieuse et le grand danger de marginaliser le Christianisme hors de l'arène sociale. Cette section traite aussi de l'importance de discernement dans le choix des instruments politiques, tel que partis, plates-formes, etc. Pour ces choix, l'Abrégé insiste à la fois sur la valeur des décisions personnelles et sur le rôle de la communauté chrétienne dans l'analyse de chaque situation politique et la réponse à lui donner suivant l'évangile, avec l'aide l'éclairage de  la Doctrine Sociale de l'Église.

569. …(dans)  le fonctionnement du système démocratique (...), le discernement est particulièrement exigeant quand il doit s'exercer dans des domaines comme l'objectivité et l'exactitude des informations, la recherche scientifique ou les choix économiques qui influent sur la vie des plus pauvres, ou dans des réalités qui renvoient à des exigences morales fondamentales auxquelles il est impossible de renoncer, comme la sacralité de la vie, l'indissolubilité du mariage, la promotion de la famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme.

Dans cette situation, certains critères fondamentaux se révèlent utiles: la distinction et en même temps le lien entre l'ordre légal et l'ordre moral; la fidélité à sa propre identité et, en même temps, la disponibilité au dialogue avec tous; la nécessité que, dans le jugement et dans l'engagement social, le chrétien se réfère à la fidélité, triple et indissociable, aux valeurs naturelles, aux valeurs morales, aux valeurs surnaturelles,

 570. « la conscience chrétienne bien formée ne permet à personne d'encourager par son vote la mise en œuvre d'un programme politique ou d'une loi dans lesquels le contenu fondamental de la foi et de la morale serait évincé... ». (1) Dans le cas où il n'aurait pas été possible de conjurer la mise en œuvre de ces programmes politiques ou d'empêcher ou d'abroger ces lois, le Magistère enseigne qu'un parlementaire dont l'opposition personnelle absolue en la matière serait manifeste et connue de tous pourrait licitement offrir son soutien à des propositions visant à limiter les dommages causés par ces programmes et par ces lois et à diminuer les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique. À cet égard, le cas d'une loi favorable à l'avortement est emblématique. (2) Son vote, dans tous les cas, ne peut pas être interprété comme l'adhésion à une loi inique, mais seulement comme une contribution pour réduire les conséquences négatives d'une mesure législative dont l'entière responsabilité remonte à celui qui l'a introduite: le témoignage chrétien doit être considéré comme un devoir auquel on ne peut se soustraire et qui peut aller jusqu'au sacrifice de la vie, au martyre, au nom de la charité et de la dignité humaine. (3) L'histoire de vingt siècles, notamment celle du dernier, est riche en martyrs de la vérité chrétienne, témoins de foi, d'espérance et de charité évangéliques.

571 L'engagement politique des catholiques est souvent mis en relation avec la « laïcité »de l'état, , à savoir la distinction entre la sphère politique et la sphère religieuse. (4) Cette distinction «est une valeur acquise et reconnue par l'Église, et elle appartient au patrimoine de civilisation déjà atteint » (5) La doctrine morale catholique exclut cependant nettement la perspective d'une laïcité conçue comme autonomie par rapport à la loi morale: Chercher sincèrement la vérité, promouvoir et défendre par des moyens licites les vérités morales concernant la vie sociale — la justice, la liberté, le respect de la vie et des autres droits de la personne — est un droit et un devoir de tous les membres d'une communauté sociale et politique.. ". [T] Quand le Magistère de l'Église intervient sur des questions inhérentes à la vie sociale et politique, il ne méconnaît pas les exigences d'une interprétation correcte de la laïcité, car il « n'entend pas exercer un pouvoir politique ni supprimer la liberté d'opinion des catholiques sur des questions contingentes. Il veut au contraire — conformément à sa mission — éduquer et éclairer la conscience des fidèles, surtout de ceux qui se consacrent à la vie politique, afin que leur action reste toujours au service de la promotion intégrale de la personne et du bien commun.

572 Le principe de laïcité comporte le respect de toute confession religieuse de la part de l'État, « qui assure le libre exercice des activités cultuelles, spirituelles, culturelles et caritatives des communautés de croyants. Dans une société pluraliste, la laïcité est un lieu de communication entre les diverses traditions spirituelles et la nation »(6) Même dans les sociétés démocratiques, il demeure encore, hélas, des expressions de laïcisme intolérant, qui entravent toute forme de la foi, d'importance politique et culturelle, en cherchant à disqualifier l'engagement social et politique des chrétiens, parce qu'ils se reconnaissent dans les vérités enseignées par l'Église et qu'ils obéissent au devoir moral de cohérence avec leur conscience; on arrive aussi et plus radicalement à nier l'éthique naturelle elle-même. Cette négation, qui prélude à une condition d'anarchie morale dont la conséquence évidente est la mainmise du plus fort sur le faible, ne peut être admise par aucune forme de pluralisme légitime, car elle mine les bases mêmes de la coexistence humaine. À la lumière de cet état de choses, « la marginalisation du christianisme ne pourrait servir à l'avenir envisagé d'une société, ni à la concorde entre les peuples. De plus, elle minerait les fondements culturels et spirituels de la civilisation » (7).

573 Un domaine particulier de discernement pour les fidèles laïcs concerne le choix des instruments politiques, à savoir l'adhésion à un parti et aux autres expressions de la participation politique. Il faut effectuer un choix cohérent avec les valeurs, en tenant compte des circonstances effectives. En tout cas, tout choix doit être enraciné dans la charité et tendre à la recherche du bien commun. (8). Les requêtes de la foi chrétienne sont difficilement repérables dans un unique groupement politique: prétendre qu'un parti ou une mouvance politique correspond complètement aux exigences de la foi et de la vie chrétienne engendre de dangereuses équivoques. Le chrétien ne peut pas trouver un parti qui corresponde pleinement aux exigences éthiques qui naissent de la foi et de l'appartenance à l'Église: son adhésion à une formation politique ne sera jamais idéologique, mais toujours critique, afin que le parti et son projet politique soient encouragés à créer les conditions propices à la réalisation du véritable bien commun, y compris la fin spirituelle de l'homme. (9).

574 La distinction, d'une part, entre les exigences de la foi et les options sociopolitiques, et d'autre part, entre les choix des chrétiens individuellement et ceux qu'effectue la communauté chrétienne en tant que telle, implique que l'adhésion à un parti ou à une mouvance politique est considérée comme une décision personnelle, légitime du moins lorsque les partis et les positions ne sont pas incompatibles avec la foi et les valeurs chrétiennes. (10). Le choix du parti, de la coalition, des personnes à qui confier la vie publique, bien qu'engageant la conscience de chacun, ne pourra pas de toute façon être un choix exclusivement individuel: « Il revient aux communautés chrétiennes d'analyser avec objectivité la situation propre de leur pays, de l'éclairer par la lumière des paroles inaltérables de l'Évangile, de puiser des principes de réflexion, des normes de jugement et des directives d'action dans l'enseignement social de l'Église » (11).

Questions pour réflexion et discussion en Fraternité

1.      Comment avez vous ressenti l'appel de Dieu à vous impliquer activement dans l'édification d'une civilisation d'amour malgré les difficultés rencontrées?

2.      Quelles sont les questions politiques majeures qui ont un impact sur votre communauté locale? Sur votre pays?

3.      Cherchez à bien vous informer sur les problèmes politiques et faites l'effort d'y réfléchir à la lumière de l'Évangile et de la doctrine sociale de l’Église?

4.      Votre Fraternité recherche-t-elle les moyens de négocier avec les  politiques?

Notes pour le thème mensuel EN 75-81

1. Cf. Concile œcuménique Vatican II, Décret sur l'activité missionnaire de l'Eglise Ad gentes, n. 4 : AAS 58 (1966), pp. 950-951.

2. Cf. Act.20, 28

3 Cf. Concile œcuménique Vatican II, Décret sur le ministère et la vie des prêtres Presbyterorum ordinis, n.        13 : AAS 58 (1966), p. 1011.

4.- Cf. Cf. Concile œcuménique Vatican II, Décret sur l'activité missionnaire de l'Eglise Ad gentes, n. 4 : AAS 58 (1966), pp. 950-951.

5. Bulle Apostolorum Limina, VII: AAS 66 (1974), p. 305.
6. Cf. Jn 8, 32.
7.  1 Th 2, 8; cf. Ph 1, 8.

8. Cf. 1 Th 2, 7-11; 1 Co 4, 15; Ga 4, 19.

9.  1 Co 8, 9-13.*

Notes pour le Compendium 569-574

1. 1191 Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Note doctrinale concernant certaines questions sur l'engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique (24 novembre 2002), 4, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 2002,
pp. 9-10.
2. 1192 Cf. Jean-Paul II, Encycl.
Evangelium vitae, 73: AAS 87 (1995) 486-487.
3. 1193 Cf. Jean-Paul II, Exhort. apost. Christifideles laici, 39: AAS 81 (1989) 466-468.
4. 1194 Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 76: AAS 58 (1966) 1099-
5. 1197 Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Note doctrinale concernant certaines questions sur l'engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique (24 novembre 2002), 6, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 2002, pp. 13-14.
6. 1198. Jean-Paul II, Discours au Corps Diplomatique (12 janvier 2004), 3: L'Osservatore Romano, éd. française, 13 janvier 2004, p. 3.
7. 1199 Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Note doctrinale concernant certaines questions sur l'engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique (24 novembre 2002), 6, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 2002, p. 15.
8. 1200 Cf. Paul VI, Lettre apost.
Octogesima adveniens, 46: AAS 63 (1971) 433- 435.
9. 1201 Cf. Paul VI, Lettre apost. Octogesima adveniens, 46: AAS 63 (1971) 433- 435.
10. 1202Cf. Paul VI, Lettre apost. Octogesima adveniens, 46: AAS 63 (1971) 433- 435.
11. 1203Cf. Paul VI, Lettre apost. Octogesima adveniens, 46: AAS 63 (1971) 433- 435.

Note  pour Notre-Dame de Guadalupe

Les deux premiers paragraphes et toutes les paroles de la Vierge sont repris du site Web. http.//www.sancta.org/ (choisir Français en tête de la table des matières...) Ce ne sont pas des fautes de frappe... mais une traduction française du texte espagnol de 1649.