Ordre Franciscain Séculier

Ordo Franciscanus Sæcularis

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         PRESIDENCE DU CONSEIL INTERNATIONAL DE L’OFS

PROGRAMME DE FORMATION CONTINUE

Dossier mensuel

No 44

LA THEOLOGIE DU CORPS

Par le bienheureux pape Jean-Paul II
(Extraits des cathéchèses
publiées par la Congrégation pour le clergé)

 Mike et Jenny Harrington ofs

SESSION 8 : DIMENSION DU SACREMENT (TDC 104-117 ???)

Lors de notre précédente session, nous avons, grâce à  l’éclairage que nous donne  la Lettre aux Ephésiens, compris l’importance du Sacrement de mariage. Paul nous présente en sa Lettre  le « grand mystère » de l’union nuptiale du Christ et de son Eglise et la sacramentalité du mariage chrétien dans la Nouvelle Loi.  Ce sacrement non seulement nous marque mais nous fait partager la réalité de I'amour-don, qui donne la vie et la grâce. Apres cette étude de  la dimension divine du sacrement, examinons maintenant sa dimension humaine.

1 LE LANGAGE DU CORPS ET LA REALITE DU SIGNE

Le sacrement de mariage

Le bienheureux Jean-Paul II commence par le rappeler : « le mariage est contracté  par l’échange des paroles :"Moi..., je te prends, toi... pour mon épouse; moi, je te prends, toi... pour mon époux" . Ces paroles sont au centre de la liturgie du mariage en tant que sacrement de l'Eglise. Les fiancés les prononcent dans le contexte de la formule du consentement:  (TDC104-1) »... «  je promets de t'être toujours fidèle dans la joie et dans la douleur, dans la santé et dans la maladie, de t'aimer et de t'honorer tous les jours de ma vie". Par ces paroles les fiancés contractent mariage et le reçoivent en même temps comme sacrement, tous deux étant ministres de celui-ci. Ils le font devant  les témoins dont le rôle est d’assurer que le mariage est contracté devant Dieu et confirmé par l'Eglise. (TDC104-1) » « Toutefois, cette parole sacramentelle n'est en  soi que le signe de la réalisation du mariage. Et la réalisation se distingue de la consommation au point que, en l'absence de cette consommation, le mariage n'est pas constitué en sa pleine réalité. En effet, les paroles: "Je te prends pour mon épouse - pour mon époux" non seulement se réfèrent à une réalité déterminée, mais ne peuvent s'accomplir que par l'acte conjugal. Cette réalité est, du reste, instituée dès l'origine par le Créateur: "L'homme abandonnera son père et sa mère et s'unira à sa femme, et tous deux seront une seule chair" Gn 2,24 – (TDC104-2) »
Sacrement de l'Eglise, le mariage se contracte par la parole des ministres, c'est-à-dire des nouveaux époux, des paroles qui indiquent, ce que les deux ont  décidé d'être dorénavant l’un pour l'autre.(TDC104-3) »

Les paroles : « Je te prends pour mon épouse – pour mon mari » comportent en effet cet éternel langage du corps, chaque fois unique et impossible à répéter et en même temps, elles l'insèrent dans le contexte de la communion des personnes …  homme et femme – qui deviennent, en elles-mêmes, don de l'une pour l'autre. Elles font ce don dans leur masculinité et leur féminité, en découvrant la signification nuptiale du corps et en la référant réciproquement à eux- mêmes, de manière irréversible, à la dimension de la vie tout entière. (TDC104-5) »

Le prophétisme du corps

« Quand nous affirmons que, dans la structure  du mariage en tant  que signe sacramentel entre essentiellement aussi le langage du corps, nous nous référons à la longue  tradition biblique commencée par Osée et continuée  par Ézéchiel, Isaïe et bien d’autres. (TDC 105-1)» « Dans les textes prophétiques, le corps humain parle un langage dont il n’est pas lui-même l’auteur. Son auteur est l'être humain en tant qu'homme ou femme, en tant qu'époux ou épouse –l’être humain avec son éternelle vocation à la  communion des personnes. Toutefois, en un certain sens, l’homme n'est pas capable d'exprimer sans le corps ce langage singulier de son existence personnelle et de sa vocation. Déjà à l’origine, il a été constitué de manière que les plus profondes paroles de l’esprit : paroles d’amour, de donation, de  fidélité - exigent un langage du corps approprié. Sans celui-ci, elles ne sauraient être pleinement exprimées.(TDC105-7) »

Le langage du corps peut s’avérer mensonger   lorsqu’il nie l’amour conjugal, la fidélité, l’intégrité, lorsqu’il prend plutôt qu’il ne donne – les amants de passage peuvent dire qu’ils s’aiment,  leur corps ne parlent pas d’amour donné mais plutôt d’égoïsme contenté ; ils ne veulent pas se donner mais plutôt se prêter aussi longtemps qu'ils trouvent leur union corporelle satisfaisante.-  Comme l’a dit le Bienheureux Jean Paul II  la vérité essentielle du signe reste organiquement liée à la moralité du comportement marital des époux. Ils ont non seulement proclamé la vérité venant de Dieu, mais ils proclament cette vérité au nom de Dieu. En constituant le signe matrimonial par le consentement et en le complétant par la consommation, les époux accomplissent un acte de caractère prophétique : ils confirment ainsi leur participation à la mission prophétique que l'Eglise a reçu du Christ.(adaptation  CDR105)

« Le consentement conjugal a un caractère prophétique s’il est la proclamation de la vérité qui vient de Dieu (TDC106-3)». «  En un certain sens ils remontent également aux sources mêmes où le signe puise chaque fois son éloquence prophétique ett sa force sacramentelle. Il  n’est pas permis d’oublier qu’avant de franchir les lèvres des époux, ministres du sacrement, le langage du corps a été articulé par le Dieu vivant depuis depuis la Genèse et par les prophètes jusqu’à la Lettre aux Ephésiens.(TDC107-4 »

« Par le mariage, comme sacrement de l'Eglise, l'homme et la femme sont appelés de manière explicite à donner - en se servant correctement du langage du corps - le témoignage de l'amour conjugal pro- créateur, témoignage digne de vrais prophètes. C'est en cela que consiste la vraie signification de la grandeur du consentement conjugal dans le sacrement de l'Eglise.(TDC 107-4)

« Étant donné qu’un ensemble complexe de significations correspond au du langage du corps, les époux sont appelés à devenir - par leur conduite et comportement, leurs actions et gestes, les auteurs de ces significations du langage du corps qui construisent et approfondissent continuellement l’amour, la fidélité, l’honnêteté conjugale dans l’union indissoluble jusqu'à la mort.(TDC107-2) »

 La « grandeur » du consentement conjugal est précisément son témoignage prophétique  du « mystère caché de toute éternite en Dieu », le mystère de la vie trinitaire et l'amour qui coule à travers l'union conjugale du Christ avec I'Eglise, pour atteindre la vie concrète des hommes et des femmes au sein de l'histoire . Ils sont appelés à vivre leur vie ensemble comme une communion de personnes. ( cfr TDC107?)

« L’analyse des paroles prononcées par le Christ dans le Sermon sur la Montagne nous permet de comprendre plus profondément l’adultère lui-même . Et en même temps elle nous conduit à la conviction que le cœur humain est non pas  tant accusé et condamné par le Christ à cause de la concupiscence que  tout d’abord et avant tout « appelé ». (TDC108-1 »).   « A la lumière de tout l’Evangile et de la Nouvelle Alliance, la triple concupiscence (et, en particulier la concupiscence de la chair) ne détruit pas la capacité de relire dans la vérité le "langage du corps".(TDC108-5)

Précisément parce que le corps a été racheté par le Christ (historique)   l’homme historique (d’après le péché originel), est sur la base du "langage du corps" exploré dans la vérité, capable de constituer  le signe sacramentel de l'amour, de la fidélité et de l’honnêteté conjugale et ceci comme un signe durable…. Il en est capable, même comme homme sujet à la concupiscence, étant en même temps  appelé  par la réalité  de la Rédemption du Christ (TDC108-4) ».  « Marchez sous l’impulsion de l’Esprit et vous n’accomplirez plus ce que la chair désire. (Gal 05 :16) »

Le Cantique des cantiques « 

« Le thème de l'amour conjugal qui unit l’homme et la femme rattache en un certain sens cette partie de la Bible à toute la tradition de la " grande analogie " qui, à travers les écrits des prophètes, s'est déversée dans le Nouveau Testament et, en particulier, dans l'épître aux Ephésiens (TDC109-1) ». 
« Le Cantique des Cantiques se trouve dans le sillage de ce sacrement où, par le langage du corps, se constitue le visible signe de la participation de l’homme et de la femme à l’alliance de la grâce et de l’amour que Dieu offre à l’homme(TDC109-2) »

« Le Cantique nous introduit immédiatement dans le climat  de tout le poème, ou l’époux et l’épouse semblent se mouvoir dans le cercle tracé par le rayonnement de l’amour. Le langage du corps s'exprime dans la fascination mutuelle de la féminité de l’épouse et de la masculinité de l’époux ; L'époux, exprimant une expérience particulière des valeurs qui rayonnent sur tout ce qui est en rapport avec la personne aimée, dit :

"Tu as pris mon coeur, ma soeur, mon épouse –

tu as pris mon cœur par un seul regard, -

par un anneau de ton collier.-

 Qu’elles sont douces tes caresses –ma sœur, mon épouse (Ct4, 9-10) (TDC109-3)

Sous un certain aspect, l’appellation « sœur », dont se sert l’époux semble être plus éloquente  que le terme « amie ». Elle semble enracinée dans l’ensemble du Cantique qui manifeste combien l’amour révèle l’autre personne (TDC 110-1)

L’expression « sœur » parle de l’union dans l’humanité et en même temps de la diversité et de l’originalité féminines de cette sœur, non seulement en considération du sexe, mais  aussi dans la manière d’être-personne « TDC110-112). »

Un autre substrat apparait dans le duo,  quand l’époux  parle de sa sœur-épouse comme « d’un jardin fermé, une fontaine scellée" (Ct4, 12). Ces métaphores ( …) révèlent la présence d’une autre vision de « l’égo» féminin lui-même, propriétaire de son propre mystère qui peut décider de la vérité essentielle et de  l’authenticité du don de soi tendu vers cette union dont parle le Genèse.(TDC110-4) »

« La vérité de la proximité croissante des époux à travers l’amour  se développe dans la dimension subjective du cœur, dans celle de l’affection et du sentiment, qui permet de découvrir l’autre en soi comme un don (TDC111-1) »

« Quelques strophes du  Cantique des Cantiques présentent l’éros comme la forme de l’amour humain dans laquelle opèrent les énergies du désir. Et c’est en elle que s’enracine la conscience, c’est-à-dire la certitude subjective de l’appartenance réciproque, fidèle et exclusive. Mais un grand nombre de strophes nous forcent à réfléchir sur les causes de l’inquiétude qui accompagne la conscience d’appartenir l’un à l’autre (TDC111-3 ).  Cet amour, désigné sous le nom « agapé» conduit l'éros à son accomplissement, en le purifiant (TDC113-4)

Réflexions sur   l’Histoire  de Tobit »

Dans le récit des épousailles de Tobie et de Sara Tobie nous trouvons le terme « sœur »( …) et la déclaration « qu’il l’aime au point de ne pouvoir se détacher d’elle   confirmant ainsi le dicton : « l’amour est plus fort que la mort» .(TDC112-1). Le jeune Tobie avait raison de craindre une mort semblable à celle des sept précédents maris de Sara qui tous, par l’intervention de l’esprit malin, étaient  morts avantde s’unir à elle.de s’unir à elle. L’amour de Tobie a donc du faire face au véritable test de la vie et la mort. Ils y font face ensemble, et l’amour, soutenu par la prière, se révèle être plus fort que la mort. L’amour de Tobie et de Sara n'est pas exprimé seulement par des expressions poétiques, mais par leurs choix et leurs actions dans le langage du corps, surtout la prière.

La prière de Tobie est avant tout une prière de louange et de remerciement, puis une supplication. Dans leur pacte  conjugal s’exprime et  se réalise le mystère qui a sa source en Dieu lui-même. Leur pacte conjugal est en effet l'image et le sacrement primordial de l'Alliance de Dieu avec le genre humain, dans l’amour éternel. Les époux  répondent à Dieu en demandant sa miséricorde et la grâce de vivre ensemble une vieillesse heureuse, la grace de être en mesure de répondre à I'amour.(cfr TDC112-4) On peut dire qu’a travers l’un et l’autre le langage du corps devient la langue de la liturgie

Quand la langue de la liturgie devient le « Langage du corps » TOB 113-5

Voilà ce qui paraît être la signification intégrale du signe sacramentel du mariage. Dans ce signe - à travers le langage du corps -  l'homme et la femme vont à la rencontre du grand "mysterium" pour transférer la lumière de ce mystère - lumière de vérité et de beauté, exprimée par la langue liturgique -  en langage du corps, c'est-à-dire en langage de la praxis de l'amour, de la fidélité, de l'honnêteté et, donc, dans l'ethos enraciné dans la rédemption du corps cette voie, la vie conjugale devient, en un certain sens, liturgie.

 

Proposé à votre réflexion :

1. Quels sont les points indispensables pour qu’un mariage soit valide ?

2. Dans l’engagement du mariage, que faut-il comprendre par être libre, fidèle, fécond,

3.  Comment le corps peut-il être prophétique et comment le corps peut-il être capable de mensonge ?

4. Comment le corps peut-il être prophétique et comment le corps peut-il mentir ?

5. Que peut signifier pour une femme « être maitre de son propre mystère. Quelles seraient les conséquences pour son amour-propre si elle n’en avait pas la possibilité ?

6. Qe veut dire pour une femme «'être le maître de son propre mystère », et qu’arrive-t-il de à sa conscience de soi, quand elle n'est pas traitée comme telle ?

7. Quelles guérisons s du coeur peuvent- elles être utiles pour vivre l'amour conjugal comme une profonde prière.