LISTE C I O F S

Conseil International de l’OFS - Édition hebdomadaire

Volume: 12 - N. 10 - 2006 - mars - II

Source: Koinonia, 2005, N. 4


L'eucharistie Dans la vie et la Mission des Franciscains Séculiers
Rendre Grâces
La Voie de la Solidarité
Au Service des Plus Petits

L'EUCHARISTIE DANS LA VIE ET LA
MISSION DES FRANCISCAINS SÉCULIERS

Michael J. Higgins, TOR,

(partie II)

Rendre grâces

Comme le rappelle le Pape Jean-Paul II, le terme Eucharistie signifie “action de grâce.” Le Catéchisme de l’Église catholique étend cette notion en affirmant que le sacrement du corps et du sang du Seigneur est appelé « Eucharistie parce qu'il est action de grâces à Dieu. Les mots eucharistein (Lc22,19 ;1Co 11,24) et eulogein (Mt26,26 ;Mc14,22) rappellent les bénédictions juives qui proclament – en particulier pendant un repas - les œuvres de Dieu: la création, la rédemption et la sanctification.” [1] Ces trois actions divines, fréquemment attribuées à l'identité trinitarienne essentielle de Dieu, sont enrichies et sont concrétisées dans l'inconditionnel “oui” de Jésus à la volonté du Père lorsqu’il s’offre lui-même sur la croix et dans l'Eucharistie. La seule réponse adéquate de l'être humain à ce cadeau immense est un déluge de louanges et d’actions de grâces. Comme le dit le Saint-Père :

L'Église est invitée à rappeler cette grande vérité aux hommes. Il est urgent que cela soit réalisé surtout dans notre culture sécularisée, qui est imprégnée de l'oubli de Dieu et qui favorise la vaine autosuffisance de l'homme. Incarner le projet eucharistique dans la vie quotidienne, dans les milieux de travail et de vie - en famille, à l'école, à l'usine, dans les conditions de vie les plus diverses - signifie, entre autre chose, témoigner que la réalité humaine ne se justifie pas sans la référence au Créateur [2]...

L'Eucharistie charge les fidèles d’être des témoins pleins de force de cette réalité de la présence de Dieu dans le monde. Comme dit le Saint-Père, « N'ayons pas peur de parler de Dieu et de porter la tête haute les signes de la foi.” [3] C'est une expression merveilleuse d'une action de grâce profonde pour ce que Dieu a fait et continue à faire pour le peuple qu'il a créé, racheté et sanctifié.

Dans cet esprit, la mission chrétienne – la mission franciscaine - peut se comprendre comme un naturel débordement de reconnaissance et de louange pour la présence de Dieu dans chaque domaine de notre vie: “en famille, à l’école, à l’usine, dans les conditions de vie les plus diverses.”

Dans le troisième chapitre de son livre, le prophète Amos nous donne une indication merveilleuse sur ses raisons d’être prophète. Il écrit, “Le lion rugit, qui ne tremble ? Le Seigneur Yhwh parle : qui ne prophétise ? » [4]. En d’autres mots, ressentant l’irrésistible présence de Dieu dans sa vie, Amos ne pouvait s’empêcher d’agir en prophète. Son action était une réponse naturelle à la Parole divine reçue du Seigneur Dieu. La même dynamique se retrouve dans la vie et la mission de saint François. Son contact personnel avec le Seigneur a forcé François à suivre l’exemple de Jésus dans l’obéissance et dans la mission.

Ainsi éclairée, la mission franciscaine se présente plus comme une expression naturelle de gratitude et d’action de grâces que comme une obligation imposée par la Règle ou les Constitutions Générales.

La voie de la solidarité

Jean-Paul II, homme sensible aux signes des temps, agissait infatigablement en faveur de la justice et la paix. Il demande à chaque partisan du Christ de faire de même. Il nous dit :

L'image de notre monde déchiré, qui a inauguré le nouveau millénaire avec le spectre du terrorisme et la tragédie de la guerre, appelle plus que jamais les chrétiens à vivre l'Eucharistie comme unegrande école de paix, où se forment des hommes et des femmes qui, à différents niveaux de responsabilité dans la vie sociale, culturelle, politique, deviennent des artisans de dialogue et de communion. [5]

Un aspect important de la mission, de la vie franciscaine est la conversion, la formation continue. Le Saint-Père insiste sur le rôle important que peut jouer l'Eucharistie en ce domaine. Elle est, dit-il, « une grande école de paix, où se forment des hommes et des femmes qui ... deviennent des artisans de dialogue et de communion.”

Saint François était connu comme un homme de paix. Il demandait à ses disciples de se saluer l'un l'autre par des paroles de paix et de vivre en paix avec toute la création. Il n'est pas difficile de comprendre que cela paraissait primordial à François à cause de l'exemple du Christ, le Prince de Paix. Pour répondre à leur vocation, les Franciscains doivent donc être porteurs de paix dans leurs propres familles, leurs Fraternités et tous les domaines de leur vie journalière. Comme le dit le Saint-Père, l'Eucharistie est une école où cela peut être ressenti et appris.

Au service des plus petits

Jean-Paul II conclut ses réflexions sur l'Eucharistie en mettant en avant « l'élan qui s'en dégage en vue d'un engagement effectif dans l'édification d'une société plus équitable et plus fraternelle.” [6] Il fait appel aux communautés diocésaines et paroissiales pour qu’elles s’emploient de manière spéciale, à lutter contre telle ou telle forme des nombreuses pauvretés de notre monde. Il écrit,

Je pense au drame de la faim qui tourmente des centaines de millions d'êtres humains, je pense aux maladies qui meurtrissent les pays en voie de développement, à la solitude des personnes âgées, aux problèmes des chômeurs, aux tribulations des immigrés. Ce sont des maux qui affectent — bien que de différentes manières — même les régions les plus opulentes.

Le Saint-Père termine cette dernière section de sa Lettre Apostolique en disant : « c'est à l'amour mutuel et, en particulier, à la sollicitude que nous manifesterons à ceux qui sont dans le besoin que nous serons reconnus comme de véritables disciples du Christ ... Tel est le critère qui prouvera l'authenticité de nos célébrations eucharistiques.” [7] En d’autres mots, l'Eucharistie n'est pas quelque chose de célébré autour d'un autel et oublié quand nous sortons de l'église. Elle devrait – elle doit – modifier notre vie. Elle nous rend sensible aux besoins des autres et nous encourage à leur tendre la main avec amour, pitié, compassion.

Je suis convaincu que François dirait, “Amen! Commençons !

1 Cathéchisme de l’Eglise catholique, deuxième partie, deuxième section, chapitre premier, article3,II

2 MND, 26

3 Ibid

4 Amos, 3,8. Nlle trad. Bayard

5 MND, 27

6 MND, 28

7 MND, 28