LISTE C I O F S

Conseil International de l'OFS - Édition hebdomadaire

Volume: 10 - N. 02 - 2004 - janvier - I

Source: http://Vatican.va


Message pour la Journée mondiale de la paix
Un engagement toujours actuel: Éduquer à la paix
La plaie funeste du terrorisme
La contribution de l'Église
La civilisation de l'amour

MESSAGE DE SA SAINTETÉ LE PAPE JEAN-PAUL II POUR LA CÉLÉBRATION DE LA JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX

1er janvier 2004

UN ENGAGEMENT TOUJOURS ACTUEL: ÉDUQUER À LA PAIX

(partie II)

La plaie funeste du terrorisme

8. Le droit international a aujourd'hui du mal à offrir des solutions aux situations conflictuelles découlant des transformations de la physionomie du monde contemporain. En effet, ces situations conflictuelles ont souvent parmi leurs protagonistes des acteurs qui ne sont pas des États, mais des groupements issus de la désagrégation des États, ou liés à des revendications indépendantistes ou associés à des organisations criminelles structurées. L'ordre juridique, constitué de normes élaborées tout au long des siècles pour réguler les rapports entre États souverains, a du mal à faire face à des conflits dans lesquels agissent également des organisations qui ne peuvent être identifiées aux caractéristiques traditionnelles du concept d'État. Ceci vaut, en particulier, dans le cas de groupes terroristes.

La plaie du terrorisme est devenue ces dernières années plus virulente et elle a produit d'atroces massacres, qui ont rendu le chemin du dialogue et de la négociation toujours plus hérissé d'obstacles, en exacerbant les esprits et en aggravant les problèmes, en particulier au Moyen-Orient.

Toutefois, pour être victorieuse, la lutte contre le terrorisme ne peut se limiter seulement à des opérations répressives et punitives. Il est essentiel que le recours à la force, s'il est nécessaire, soit accompagné d'une analyse courageuse et lucide des motivations sous-jacentes aux attaques terroristes.En même temps, la lutte contre le terrorisme doit aussi être menée sur le plan politique et pédagogique:d'un côté, en supprimant les causes qui sont à l'origine de situations d'injustice qui incitent souvent aux actes les plus désespérés et les plus sanguinaires; de l'autre, en insistant sur une éducation inspirée du respect de la vie humaine en toute circonstance: l'unité du genre humain est, en effet, une réalité plus forte que les divisions contingentes qui séparent les hommes et les peuples.

Dans la nécessaire lutte contre le terrorisme, le droit international est désormais appelé à élaborer des instruments juridiques dotés d'efficaces mécanismes de prévention, de surveillance et de répression de la criminalité. Dans tous les cas, les gouvernements démocratiques savent bien que l'usage de la force contre les terroristes ne peut justifier le renoncement aux principes d'un État de droit.Des choix politiques qui rechercheraient le succès sans tenir compte des droits fondamentaux de l'homme seraient inacceptables, car la fin ne justifie jamais les moyens.

La contribution de l'Église

9. « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu! » ( Mt 5,9). Comment ces mots, qui invitent à oeuvrer dans l'immense champ de la paix, trouveraient-ils un écho aussi intense dans le coeur humain s'ils ne correspondaient à une aspiration profonde et à une espérance qui vivent en nous de manière indestructible? Et pour quelle autre raison les artisans de paix seraient-ils appelés fils de Dieu sinon parce que Dieu, par nature, est un Dieu de paix? C'est bien pour cela que l'annonce du salut, que l'Église répand dans le monde, contient des éléments doctrinaux d'une importance fondamentale pour l'élaboration des principes nécessaires à une convivialité pacifique entre les nations. [...]

On note l'importance de la contribution doctrinale proposée par l'Église au cours des siècles, grâce à la réflexion philosophique et théologique de nombreux penseurs chrétiens, pour orienter le droit international vers le bien commun de la famille humaine tout entière. En particulier, dans l'histoire contemporaine, les Papes n'ont pas hésité à mettre en relief l'importance du droit international comme gage de paix, car ils avaient la conviction que « c'est dans la paix qu'est semée la justice, qui donne son fruit aux artisans de la paix » ( Jc 3,18). L'Église est engagée sur cette voie, avec les moyens qui lui sont propres, à la lumière sans déclin de l'Évangile et avec le secours indispensable de la prière.

La civilisation de l'amour

10. Au terme de ces réflexions, j'estime toutefois de mon devoir de rappeler que, pour l'établissement d'une paix véritable dans le monde, la justice doit trouver son complément dans la charité. Certes, le droit est la première route à suivre pour atteindre la paix. Les peuples doivent être éduqués au respect de ce droit. Mais on n'arrivera pas au terme du chemin si la justice n'est pas complétée par l'amour. Justice et amour apparaissent parfois comme des forces antagonistes. Ils ne sont en vérité que les deux faces d'une même réalité,les deux dimensions de l'existence humaine qui doivent se compléter mutuellement. L'expérience historique nous le confirme. Elle montre comment la justice a souvent de la peine à se libérer de la rancune, de la haine et même de la cruauté. Seule, la justice ne suffit pas. Elle peut même en arriver à se nier elle-même, si elle ne s'ouvre pas à cette force plus profonde qu'est l'amour.

C'est pour cela que, plus d'une fois, j'ai rappelé aux chrétiens et à toutes les personnes de bonne volonté la nécessité du pardon pour résoudre les problèmes entre les personnes comme entre les peuples. Il n'y a pas de paix sans pardon! Et je le répète encore en cette circonstance, alors que j'ai en particulier sous les yeux la crise qui continue à se déchaîner en Palestine et au Moyen-Orient: une solution aux très graves problèmes dont souffrent depuis trop longtemps les populations de ces régions ne pourra pas être trouvée tant que l'on ne se décidera pas à dépasser la logique de la simple justice pour s'ouvrir aussi à celle du pardon.

Le chrétien le sait: l'amour est la raison qui fait que Dieu entre en relation avec l'homme. Et c'est encore l'amour qu'Il attend comme réponse de l'homme. L'amour est de ce fait la forme la plus haute et la plus noble de relation des êtres humains entre eux aussi. L'amour devra donc animer tous les secteurs de la vie humaine et s'étendre également à l'ordre international. Seule une humanité dans laquelle règne la « civilisation de l'amour » pourra jouir d'une paix authentique et durable.

Au seuil d'une nouvelle année, je désire rappeler aux femmes et aux hommes de toute langue, de toute religion et de toute culture l'antique maxime: « Omnia vincit amor » (L'amour est vainqueur de tout)! Oui, chers Frères et Soeurs de toutes les parties du monde, au terme, c'est l'amour qui vaincra! Que chacun s'emploie à hâter le moment de cette victoire! En fin de compte, c'est à cette victoire qu'aspire le coeur de tous.

Du Vatican, le 8 décembre 2003.

Jean Paul II