Conseil International de l'OFS - Édition hebdomadaire
Volume: 7 - N. 9 - 2001 - mars - I
Source: http://Vatican.va
1. Au début du nouveau millénaire, alors que s'achève le grand Jubilé au cours duquel nous avons célébré les deux mille ans écoulés depuis la naissance de Jésus et que s'ouvre pour l'Église une nouvelle étape de son chemin, dans notre cœur résonnent à nouveau les paroles par lesquelles Jésus, après avoir de la barque de Simon parlé aux foules, invita l'Apôtre à « avancer au large » pour pêcher: « Duc in altum » (Lc 5,4). Pierre et ses premiers compagnons firent confiance à la parole du Christ et jetèrent leurs filets. « Et l'ayant fait, ils capturèrent une grande multitude de poissons » (Lc 5,6).
Duc in altum! Cette parole résonne aujourd'hui pour nous et elle nous invite à faire mémoire avec gratitude du passé, à vivre avec passion le présent, à nous ouvrir avec confiance à l'avenir: « Jésus Christ est le même, hier et aujourd'hui, il le sera à jamais » (He 13,8).
3. Et par-dessus tout, chers Frères et Sœurs, nous avons le devoir de nous projeter vers l'avenir qui nous attend. (...) C'est là une tâche à laquelle je désire inviter toutes les Églises locales. En chacune d'entre elles, rassemblée autour de son évêque, dans l'écoute de la Parole, dans l'union fraternelle et dans la « fraction du pain » (cf. Ac 2,42), est « vraiment présente et agissante l'Église du Christ, une, sainte, catholique et apostolique ».1 C'est surtout dans la réalité de chaque Église que le mystère de l'unique peuple de Dieu prend la configuration qui fait qu'il s'adapte aux divers contextes et aux différentes cultures.
43. Faire de l'Église la maison et l'école de la communion: tel est le grand défi qui se présente à nous dans le millénaire qui commence, si nous voulons être fidèles au dessein de Dieu et répondre aussi aux attentes profondes du monde.
Qu'est-ce que cela signifie concrètement? Ici aussi le discours pourrait se faire immédiatement opérationnel, mais ce serait une erreur de s'en tenir à une telle attitude. Avant de programmer des initiatives concrètes, il faut promouvoir une spiritualité de la communion, en la faisant ressortir comme principe éducatif partout où sont formés l'homme et le chrétien, où sont éduqués les ministres de l'autel, les personnes consacrées, les agents pastoraux, où se construisent les familles et les communautés. Une spiritualité de la communion consiste avant tout en un regard du cœur porté sur le mystère de la Trinité qui habite en nous, et dont la lumière doit aussi être perçue sur le visage des frères qui sont à nos côtés. Une spiritualité de la communion, cela veut dire la capacité d'être attentif, dans l'unité profonde du Corps mystique, à son frère dans la foi, le considérant donc comme « l'un des nôtres », pour savoir partager ses joies et ses souffrances, pour deviner ses désirs et répondre à ses besoins, pour lui offrir une amitié vraie et profonde. Une spiritualité de la communion est aussi la capacité de voir surtout ce qu'il y a de positif dans l'autre, pour l'accueillir et le valoriser comme un don de Dieu: un « don pour moi », et pas seulement pour le frère qui l'a directement reçu. Une spiritualité de la communion, c'est enfin savoir « donner une place » à son frère, en portant « les fardeaux les uns des autres » (Ga 6,2) et en repoussant les tentations égoïstes qui continuellement nous tendent des pièges et qui provoquent compétition, carriérisme, défiance, jalousies. Ne nous faisons pas d'illusions: sans ce cheminement spirituel, les moyens extérieurs de la communion serviraient à bien peu de chose. Ils deviendraient des façades sans âme, des masques de communion plus que ses expressions et ses chemins de croissance.
45. Les lieux de la communion doivent être entretenus et étendus jour après jour, à tout niveau, dans le tissu de la vie de chaque Église. La communion doit ici clairement apparaître dans les relations entre les Évêques, les prêtres et les diacres, entre les Pasteurs et le peuple de Dieu tout entier, entre le clergé et les religieux, entre les associations et les mouvements ecclésiaux.
Dans ce but, il faut faire nôtre la sagesse antique qui, sans porter aucun préjudice au rôle d'autorité des Pasteurs, savait les encourager à la plus grande écoute de tout le peuple de Dieu. Ce que saint Benoît rappelle à l'Abbé du monastère, en l'invitant à consulter aussi les plus jeunes, est significatif: « Souvent le Seigneur inspire à un plus jeune un avis meilleur ». Et saint Paulin de Nole exhorte: « Soyons suspendus à la bouche de tous les fidèles, car dans tous les fidèles souffle l'Esprit de Dieu ».
46. Cette perspective de communion est étroitement liée à la capacité de la communauté chrétienne de donner une place à tous les dons de l'Esprit. L'unité de l'Église n'est pas uniformité, mais intégration organique des légitimes diversités. C'est la réalité des nombreux membres réunis en un seul corps, l'unique Corps du Christ (cf. 1 Co 12,12). Il est donc nécessaire que l'Église du troisième millénaire stimule tous les baptisés et les confirmés à prendre conscience de leur responsabilité active dans la vie ecclésiale. À côté du ministère ordonné, d'autres ministères, institués ou simplement reconnus, peuvent fleurir au bénéfice de toute la communauté, la soutenant dans ses multiples besoins: de la catéchèse à l'animation liturgique, de l'éducation des jeunes aux expressions les plus diverses de la charité. (...)
En particulier, il faudra découvrir toujours mieux la vocation qui est propre aux laïcs, appelés comme tels à « chercher le Royaume de Dieu en gérant les affaires temporelles et en les ordonnant selon Dieu », et aussi à assumer « leur part de la mission [... dans l'Église et dans le monde [... par leurs activités en vue d'assurer l'évangélisation et la sanctification des hommes ».
Dans cette même ligne, le devoir de promouvoir les divers types d'association revêt une grande importance pour la communion, que ce soient les formes plus traditionnelles ou celles plus nouvelles des mouvements ecclésiaux; ces formes continuent à donner à l'Église une vivacité qui est un don de Dieu et qui constitue un authentique « printemps de l'Esprit ». Il faut bien sûr que les associations et les mouvements, aussi bien dans l'Église universelle que dans les Églises particulières, œuvrent dans en pleine harmonie ecclésiale et en obéissance aux directives émanant de l'autorité des Pasteurs. Mais l'avertissement de l'Apôtre, exigeant et péremptoire, s'adresse aussi à tous: « N'éteignez pas l'Esprit, ne repoussez pas les prophètes, mais discernez la valeur de toute chose. Ce qui est bien, gardez-le » (1 Th 5,19-21).
47. Une attention spéciale doit être portée à la pastorale de la famille, d'autant plus nécessaire dans un moment historique comme le nôtre, où l'on enregistre une crise diffuse et radicale de cette institution fondamentale. Dans la vision chrétienne du mariage, la relation entre un homme et une femme -- relation réciproque et totale, unique et indissoluble -- répond au dessein originel de Dieu, qui s'est obscurci dans l'histoire par la « dureté du cœur », mais que le Christ est venu restaurer dans sa splendeur originelle, en révélant ce que Dieu a voulu depuis « le commencement » (Mt 19,8). Dans le mariage, élevé à la dignité de sacrement, est aussi exprimé le « grand mystère » de l'amour sponsal du Christ pour son Église (cf. Ep 5,32).
Sur ce point, l'Église ne peut céder aux pressions d'une certaine culture, même si celle-ci est répandue et parfois militante. Il faut plutôt faire en sorte que, par une éducation évangélique toujours plus complète, les familles chrétiennes donnent un exemple convaincant de la possibilité d'un mariage vécu de manière pleinement conforme au dessein de Dieu et aux vraies exigences de la personne humaine: de la personne des conjoints et surtout de celle, plus fragile, des enfants. Les familles elles-mêmes doivent être toujours plus conscientes de l'attention due à leurs enfants et se faire les sujets actifs d'une présence ecclésiale et sociale efficace pour la sauvegarde de leurs droits.