LISTE C I O F S

Conseil International de l'OFS - Édition hebdomadaire

Volume: 7 - N. 02 - 2001 - janvier - II

Source: http://Vatican.va


Message pour la journée mondiale de la paix
Dialogue entre les cultures pour une civilisation de l'amour et de la paix
Diversité de cultures et respect réciproque
Le dialogue entre les cultures
Capacité et risques de la communication mondiale
Le défi des migrations
Respect des cultures et « physionomie culturelle » du territoire

MESSAGE DE SA SAINTETÉ LE PAPE JEAN-PAUL II
POUR LA CÉLÉBRATION DE LA JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX

1er JANVIER 2001

DIALOGUE ENTRE LES CULTURES
POUR UNE CIVILISATION DE L'AMOUR ET DE LA PAIX

(partie II)

Diversité de cultures et respect réciproque

8. Dans le passé, les diversités entre les cultures se sont souvent révélées source d'incompréhensions entre les peuples, et aussi motif de conflits et de guerres. Mais encore aujourd'hui, malheureusement, dans diverses parties du monde, c'est avec une appréhension croissante que nous assistons à l'affirmation polémique de certaines identités culturelles contre d'autres cultures. Ce phénomène peut à la longue dégénérer en tensions et en affrontements désastreux, et il n'en rend pas moins pénible la condition de telles ou telles minorités ethniques et culturelles, amenées à vivre dans le cadre de majorités culturellement différentes qui sont portées à des attitudes et à des comportements hostiles et racistes.

Face à un tel scénario, tout homme de bonne volonté ne peut pas ne pas s'interroger sur les orientations éthiques fondamentales qui caractérisent l'expérience culturelle d'une communauté déterminée. Les cultures, comme l'homme qui en est l'auteur, sont en effet traversées par le « mystère de l'iniquité » à l'œuvre dans l'histoire humaine (cf. 2 Th 2,7) et elles ont besoin elles aussi de salut et de rédemption. L'authenticité de chaque culture humaine et la valeur de l'ethos qu'elle véhicule, à savoir la solidité de son orientation morale, peuvent d'une certaine manière être mesurées en fonction du fait que la culture est pour l'homme et pour la promotion de sa dignité, à tout niveau et dans tout contexte.

9. La radicalisation des identités culturelles qui se rendent imperméables à toute influence bénéfique extérieure est certes préoccupante. Mais l'acceptation passive des cultures, ou de certains de leurs aspects majeurs, sur des modèles du monde occidental qui, désormais affranchis du terreau chrétien, sont inspirés par une conception sécularisée et pratiquement athée de la vie et par des formes d'individualisme radical, est tout aussi périlleuse. Il s'agit d'un phénomène de vastes proportions, soutenu par de puissantes campagnes médiatiques qui tendent à véhiculer des styles de vie, des projets sociaux et économiques, et en définitive une vision d'ensemble de la réalité, qui rongent de l'intérieur divers fondements culturels et de très nobles civilisations. En raison de leur forte connotation scientifique et technique, les modèles culturels de l'Occident apparaissent fascinants et séduisants, mais malheureusement ils révèlent, avec une évidence toujours plus grande, un appauvrissement progressif dans les domaines humaniste, spirituel et moral. La culture qui les engendre est marquée par la prétention dramatique de vouloir réaliser le bien de l'homme en se passant de Dieu, le Souverain Bien. Mais, avertit le Concile Vatican II, « la créature sans son Créateur s'évanouit ».(7) Une culture qui refuse de se référer à Dieu perd son âme en même temps que son orientation, devenant une culture de mort, comme en témoignent les tragiques événements du vingtième siècle et comme le montrent les conséquences nihilistes que l'on constate actuellement dans de larges sphères du monde occidental.

Le dialogue entre les cultures

10. De manière analogue à ce qui advient à la personne, qui se réalise à travers l'ouverture accueillante à l'autre et le don généreux de soi, les cultures, élaborées par les hommes et au service des hommes, doivent aussi être modelées par les dynamismes spécifiques du dialogue et de la communion, sur la base de l'unité originelle et fondamentale de la famille humaine, sortie des mains de Dieu qui, « d'un principe unique, a fait tout le genre humain » (Ac 17,26).

En ce sens, le dialogue entre les cultures, thème du présent Message pour la Journée mondiale de la Paix, apparaît comme une exigence intrinsèque de la nature même de l'homme et de la culture. En tant qu'expressions historiques diverses et appropriées de l'unité originelle de la famille humaine, les cultures trouvent dans le dialogue la sauvegarde de leurs particularités, ainsi que de la compréhension et de la communion réciproques. Le concept de communion, qui, dans la révélation chrétienne, a sa source et son modèle sublime en Dieu un et trine (cf. Jn 17,11.21), n'est jamais une réduction à l'uniformité, ni une reconnaissance forcée, ni une assimilation; la communion est en réalité l'expression de la convergence d'une variété multiforme et elle devient donc signe de richesse et promesse de développement.

Le dialogue porte à reconnaître la richesse de la diversité et dispose les âmes à l'acceptation réciproque, dans la perspective d'une collaboration authentique, répondant à la vocation originelle à l'unité de la famille humaine tout entière. Comme tel, le dialogue est un instrument éminent pour réaliser la civilisation de l'amour et de la paix, que mon prédécesseur le Pape Paul VI a indiquée comme l'idéal qui doit inspirer la vie culturelle, sociale, politique et économique de notre temps. Au début du troisième millénaire, il est urgent de proposer à nouveau la voie du dialogue à un monde marqué par trop de conflits et de violences, parfois découragé et incapable de scruter l'horizon de l'espérance et de la paix.

Capacité et risques de la communication mondiale

11. Le dialogue entre les cultures paraît particulièrement nécessaire si l'on considère l'impact des nouvelles technologies de communication sur la vie des personnes et des peuples. Nous sommes dans l'ère de la communication mondiale, qui est en train de façonner la société selon de nouveaux modèles culturels, plus ou moins étrangers aux modèles du passé. L'information précise et actualisée est, au moins en principe, pratiquement accessible à quiconque, en n'importe quelle partie du monde.

Le libre afflux des images et des mots à l'échelle mondiale est en train de transformer non seulement les relations entre les peuples au niveau politique et économique, mais aussi la compréhension même du monde. Ce phénomène offre de multiples potentialités, autrefois impensables, mais il comprend aussi certains aspects négatifs et dangereux. Le fait qu'un petit nombre de pays détiennent le monopole des « industries » culturelles et en distribuent les produits en tout point de la terre à un public toujours plus large peut constituer un puissant facteur d'érosion des spécificités culturelles. Ce sont des produits qui contiennent et qui transmettent des systèmes implicites de valeur, et qui peuvent donc provoquer chez les destinataires des effets de désappropriation et de perte d'identité.

Le défi des migrations

12. Le style et la culture du dialogue sont particulièrement significatifs en regard de la problématique complexe des migrations, phénomène social important de notre temps. L'exode massif de populations d'une région à l'autre de la planète, qui constitue souvent une odyssée humaine dramatique pour tous ceux qui sont concernés, a pour conséquence le mélange de traditions et de coutumes différentes, avec des répercussions notables dans les pays d'origine et dans les pays de destination. L'accueil réservé aux migrants par les pays qui les reçoivent et leur propre capacité de s'intégrer dans le nouveau milieu humain sont autant d'éléments d'évaluation de la qualité du dialogue entre les différentes cultures.

En réalité, sur le thème de l'intégration culturelle, tant débattu de nos jours, il n'est pas facile d'identifier les fondements et les structures qui garantissent, de façon équilibrée et équitable, les droits et les devoirs de ceux qui accueillent comme de ceux qui sont accueillis. Historiquement, les processus migratoires se sont produits sous les modes les plus divers et avec des résultats disparates. Nombreuses sont les civilisations qui se sont développées et enrichies précisément grâce aux apports venant de l'immigration. Dans d'autres cas, les diversités culturelles des autochtones et des immigrés n'ont pas été intégrées, mais elles ont montré leur capacité de cohabiter, à travers une pratique de respect réciproque des personnes, et d'acceptation ou de tolérance des mœurs différentes. Malheureusement, il persiste aussi des situations dans lesquelles les difficultés de la rencontre entre les diverses cultures n'ont jamais été résolues, et les tensions sont devenues cause de conflits périodiques.

13. Dans un domaine aussi complexe, il n'y a pas de formules « magiques »; il est toutefois de notre devoir de mettre en évidence quelques principes éthiques de fond auxquels se référer. En premier lieu, il faut se rappeler le principe selon lequel les immigrés doivent toujours être traités avec le respect dû à la dignité de toute personne humaine. Quand il s'agit de contrôler les flux migratoires, l'évaluation que l'on doit faire du bien commun doit se plier à ce principe. Il faudra alors concilier l'accueil qui est dû à tous les êtres humains, spécialement aux indigents, avec l'évaluation des conditions indispensables à une vie digne et pacifique pour les habitants originaires du pays et pour ceux qui viennent les rejoindre. Quant aux éléments culturels dont les immigrés sont porteurs, ils seront respectés et accueillis dans la mesure où ils ne sont pas en contradiction avec les valeurs éthiques universelles, inscrites dans la loi naturelle, ni avec les droits humains fondamentaux.

Respect des cultures et « physionomie culturelle » du territoire

14. Il est plus difficile de déterminer dans quelle mesure les immigrés ont droit à la reconnaissance juridique publique de leurs expressions culturelles spécifiques, qui ne s'harmonisent pas facilement avec les mœurs de la majorité des citoyens. Dans le cadre d'une ouverture notable, la solution de ce problème est liée à l'évaluation concrète du bien commun à un moment historique précis et dans une situation territoriale et sociale donnée. Cela dépend beaucoup de la présence dans les esprits d'une culture de l'accueil qui, sans céder à l'indifférentisme concernant les valeurs, sache lier les raisons de l'identité et celles du dialogue.

D'autre part, comme je l'ai précisé plus haut, on ne peut sous-estimer l'importance de la culture caractéristique d'un territoire pour un développement équilibré de ceux qui appartiennent à ce territoire depuis leur naissance, spécialement à l'âge le plus délicat de leur croissance. De ce point de vue, on peut retenir comme orientation plausible celle qui consiste à garantir dans un territoire déterminé un certain « équilibre culturel », en rapport avec la culture qui l'a surtout marqué; un équilibre qui, tout en s'ouvrant aux minorités et en respectant leurs droits fondamentaux, permette la perennité et le développement d'une « physionomie culturelle » déterminée, c'est-à-dire du patrimoine fondamental composé de la langue, des traditions et des valeurs qui sont généralement liées à l'expérience de la nation et au sens de la « patrie ».

15. Il est cependant évident que cette exigence « d'équilibre » relative à la « physionomie culturelle » d'un territoire ne peut être satisfaite par de simples instruments législatifs, car ceux-ci seraient privés d'efficacité s'ils manquaient de fondement dans l'ethos de la population, et par-dessus tout ils seraient destinés à changer au cas où une culture perdrait de fait sa capacité d'animer un peuple ou un territoire, devenant un simple héritage conservé dans des musées ou des monuments artistiques ou littéraires.

En réalité, dans la mesure où elle est vraiment vitale, une culture n'a pas de raison de craindre d'être anéantie, tandis qu'aucune loi ne pourrait la maintenir en vie si elle était déjà morte dans les esprits. Dans la perspective du dialogue entre les cultures, on ne peut interdire à l'une de proposer à l'autre les valeurs en lesquelles elle croit, pourvu que cela se fasse dans le respect de la liberté et de la conscience des personnes. « La vérité ne s'impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l'esprit avec autant de douceur que de puissance ».(8)


Notes:

(7) Const. past. Gaudium et spes, n. 36.

(8) Conc. œcum. Vat. II, Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanæ, n. 1.