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Aux Frères participant au Chapitre des Nattes

Assise, 16 avril 2009

Chers frères,                                                                                                                                       

Aujourd’hui, plus que jamais, au nom de tout l’O.F.S. et de la JEFRA je souhaite

Que le Seigneur vous donne la Paix !

Quand, en accord avec les organisateurs, nous avons choisi cette date, je n’ai pas réalisé qu’en ce jour l’Eglise fête Saint Benoît Labre, pèlerin, tertiaire franciscain (1748-1783). Pour moi c’est une belle coïncidence ! Car Benoît Joseph n’a pas vécu dans la solitude d’un cloître, mais dans la solitude sur les « chemins de Dieu », faisant le bien et donnant témoignage par toute sa vie.

Toute famille prépare, convoque, participe et partage la joie de célébrations qui lui permettent de se reconnaître pour grandir dans son identité et son unité. Nous avons à cette occasion un motif pour renforcer les liens de notre famille qui nous réjouissent et nous remplissent d’espérance. Nous sommes heureux de représenter l’OFS et la JEFRA à votre Chapitre et vous remercions profondément pour votre invitation.

Vous avez pu voir dans la vidéo que nous vous avons présenté où est présent l’OFS dans le monde : dans 110 pays. Combien nous sommes : 431.000 membres et environ 49.000 jeunes franciscains. Ceci veut dire que l’Ordre se développe rapidement ces dernières années. Ceci demande créativité, effort et clarté dans les objectifs, afin que ces nouvelles réalités prennent le chemin selon la direction donnée par la Règle.

Nous vous avons présenté quelques uns de nombreux exemples sur son activité apostolique, sa présence et son engagement dans l’Eglise et dans la société, domaine politique inclus, le sens et l’action concrète de la mission OFS menées par de jeunes familles.

Notre histoire, comme la vôtre, est complexe. L’unité structurelle de l’OFS a à peine 30 ans. Pendant ce temps nous avons dû œuvrer à une tâche de réunification et de consolidation, ainsi qu’un fort sens de son identité et de son appartenance, suite à 5 siècles de fragmentation. Notre réalité n’est pas seulement complexe, elle est aussi variée et donc très riche par sa diversité.

Nous redécouvrons aujourd’hui qui nous sommes vraiment. La richesse de notre vocation. La pleine dimension de notre mission. La beauté de notre charisme commun. Nous prenons conscience de plus en plus, d’être appelés, comme vous, à une tâche formidable, en communion et réciprocité vitale avec vous tous.

C’est pourquoi j’aimerais vous partager comment nous, membres de l’OFS, percevons et envisageons notre appartenance à la Famille Franciscaine et comment nous voyons sa mission aujourd’hui.

Notre Règle, approuvée, par Paul VI, s’ouvre sur une belle et forte affirmation :

« Parmi les familles spirituelles suscitées par l’Esprit Saint dans l’Eglise, la famille Franciscaine, rassemble tous les membres du Peuple de Dieu, laïcs, religieux, prêtres qui reconnaissent en eux un appel à suivre le Christ à la manière et selon l’esprit de François d’Assise. En des formes et des expressions diverses, mais en communion et réciprocité vitale, ils veulent incarner aujourd’hui dans la vie et la mission de l’Eglise, le charisme propre de François d’Assise. »

Notre Règle (qui d’une certaine façon vous appartient aussi) définit la Famille Franciscaine et les liens vitaux qui nous unissent, donnant une description précise de notre réalité familiale, de communion et de corps vital.

Dieu a esquissé par l’intermédiaire de François, trois ordres pour un même projet : la mission apostolique de restaurer sa Maison-Eglise. Dans la disposition de ces trois ordres Saint François s’est laissé guider simplement et uniquement par l’Esprit du Seigneur. Il a accueilli cette réalité au fur et à mesure qu’elle germait sans aucun projet préétabli.

Les trois Ordres, il est nécessaire de se le rappeler, se retrouvent donc sur un même plan de dignité et doivent se reconnaître interdépendants spirituellement et ayant besoin d’aide réciproque. Nous savons que Saint François à donné à ses trois Ordres une seule et même Règle : la stricte observance de l’Evangile, chacun selon son état de vie. Nous devons nous redécouvrir.

Les trois Ordres générés par François sont donc héritiers de sa mission et de son charisme pour les accomplir. Et la raison d’être de sa Famille spirituelle s’enracine dans cette mission qui nécessite l’action conjointe des religieux du Premier Ordre, des « Pénitents » du Tiers Ordre (séculier et régulier) et de la consécration contemplative de nos sœurs du Deuxième Ordre. C’est seulement unis que nous pourrons mener à bien l’œuvre merveilleuse que Dieu a confié à François.

Nous existons donc, comme membres d’un seul corps1. Nous ne pouvons pas vivre désunis. Notre vie serait diminuée et notre mission pour l’Eglise et dans l’Eglise du Christ serait compromise.

Mais je voudrais vous parler de l’OFS aujourd’hui, de sa réalité, de son espérance, de ses rêves.

L’OFS est plongée aujourd’hui dans un immense effort de formation intégrale, permanente et personnalisée, centrée sur la connaissance de sa propre identité, au sens d’appartenance, à sa sécularité, qui est un des éléments constitutifs et spécifiques de notre vocation franciscaine. Nous sommes conscients qu’à travers la formation l’OFS engage son avenir.

Les Franciscain séculiers de par le monde s’efforcent de construire :

- Une Fraternité franciscaine avec une identité claire et précise pour aider ses membres à abolir quelque barrière de séparation entre vie spirituelle et vie et responsabilités de tous les jours.

- Une Fraternité plus compromise où souffle l’esprit de Vatican II et la Règle paulinienne,  qui rende possible d’expérimenter une authentique vie d’Eglise.

- Une Fraternité totalement insérée dans la Famille Franciscaine, vivant dans la communion et la réciprocité vitale, en égale dignité avec ses autres membres.

- Une Fraternité qui soit à la fois école de vie chrétienne et engagement social et citoyen.

Je ne veux pas laisser passer cette occasion où vous, Supérieurs Majeurs de vos ordres respectifs, êtes réunis nombreux, pour vous remercier du service de soin pastoral et d’Accompagnement spirituel aux Fraternités locales de l’OFS érigées dans les territoires de vos juridictions. Permettez-moi de vous dire que le soin pastoral et l’accompagnement spirituel, plus que de quelque norme juridique, doivent jaillir davantage de l’amour et la fidélité à sa propre vocation et le désir de la partager, dans le respect de la nature de la Fraternité séculière, en donnant priorité au témoignage de la vie franciscaine et à une manière particulière de l’accompagnement fraternel.

L’Assistance à l’OFS et à la JEFRA aujourd’hui, fait partie d’un service fraternel auquel vous êtes appelés : aider les franciscains séculiers en étant proche de chaque Fraternité locale érigée dans votre juridiction, à être dans l’Eglise et dans la société, des personnes qui vivent passionnément leur foi avec les valeurs et les attitudes de François. Mais évidemment, personne ne peut donner ce qu’il n’a pas. Alors l’OFS rêve. Elle rêve d’églises et de paroisses confiées à vous, qui soient authentiquement franciscaines, où se vivent et se communiquent les valeurs et les exigences de sa propre vocation et son propre charisme. 

Comme je vous disais, l’OFS est plongée dans un effort de formation dans lequel elle a besoin d’être soutenue avec conviction et elle a besoin que ses Assistants spirituels collaborent activement, en particulier sur le chemin de formation entamée afin que nos fraternités soient crédibles et cohérentes avec leur vocation. L’OFS et la JEFRA ont besoin d’Assistants spirituels qui les aident à comprendre qu’elle a une mission à accomplir. Assistants qui croient qu’aider les jeunes et les adultes à découvrir le véritable sens de la vie est une tâche merveilleuse. Aidez mes frères et sœurs qui essaient de vivre leur foi, cohérents et exemplaires dans leur vie et courageux dans leurs choix. Aidez nous à être des « témoins ».

Nous ne pouvons pas oublier la grande diversité de conditions de vie de nos fraternités de par le monde : Afrique, Amérique Centrale, Paraguay, Sri lanka, Palestine, Inde, Biélorussie…Certaines vivent dans un grand dénuement, manquant de tout bien matériel, mais vivant intensément leur foi et leur vocation chrétienne et franciscaine, don spirituel auquel nos devrions tous aspirer.

Dans cette pauvreté absolue j’ai rencontré des formateurs qui m’ont profondément émue par la beauté de leur engagement et l’autorité morale et même les connaissances fondamentales qu’ils apportent à leurs frères et sœurs en formation. Pouvons-nous soutenir que dans cette pauvreté choisie par François, on ne peut pas être franciscain aujourd’hui ? Que sans une formation académique exhaustive on ne peut pas vivre la perfection de la charité et l’esprit de la « Lettre de François à tous les fidèles…. » ?

Le nouveau cours de l’OFS dans la dernière décade, même avant Vatican II, a reçu un généreux et essentiel soutien prophétique de la part de beaucoup de religieux. La mémoire de tant de Ministres Généraux et Assistants nous accompagne. Nous nous rappelons leur souvenir comme une bénédiction et avec une immense gratitude. Nous leur devons ce que nous sommes aujourd’hui, ainsi qu’à des courageux « tertiaires » qui avec un amour indéfectible pour la Famille Franciscaine et pour le Tiers Ordre, avec ténacité prophétique admirable ont réussi à persévérer dans leur projet malgré les nombreuses difficultés et préjugés, (dont certains demeurent toujours) et ont su donner force et soutien à la renaissance de l’Ordre Franciscain Séculier.

Permettez moi de vous dire avec simplicité et satisfaction qu’à travers tous ces faits l’OFS a accompli, peut être sans s’en rendre compte, une mission spéciale et irremplaçable : nous avons été des efficaces catalyseurs de fraternité et d’unité dans notre Famille. Grâce à l’exigence de l’exercice collégial du soin et de l’Assistance spirituelle, nous avons provoqué des occasions de rencontre, de dialogue et de connaissance fraternelles, pas seulement entre nous, mais entre vous, chers frères et sœurs du Premier Ordre et du TOR, car en partageant des responsabilités vis-à-vis de nous, vous avez donné corps aux Conférences des Assistants, véritables cénacles de fraternité et d’affection partagés, expériences de famille, anticipation d’une communion vitale plus profonde et féconde. J’ai été moi-même témoin récemment de la première réunion de tous les Supérieurs Majeurs d’un pays européen à l’occasion de la Visite Fraternelle et Pastorale à l’OFS pendant laquelle les Visiteurs doivent rencontrer les responsables de «  l’Altius Moderamen ».

Mes frères, permettez moi de vous demander d’être vraiment ce que nous espérons et dont nous avons besoin. Non seulement garants de l’Assistance spirituelle, mais aussi frères, compagnons de route, qui cheminez à nos côtés, ni un peu en avant, ni un peu en arrière. Accompagnateurs et co-éducateurs dans la croissance de notre vocation dans son intégralité et dans l’accomplissement de la mission à laquelle nous sommes appelés, dans le passage allègre et sincère « de l’Evangile à la vie et de la vie à l’Evangile » (R4). Nous avons besoin que vous soyez convaincus y que vous ayez une vision claire et actualisée de l’OFS et de la JEFRA, de sa place dans l’Eglise et dans notre famille.

Un signe de cette maturité familiale serait de voir concrétisé le projet lancé avec la motion de notre Chapitre Général en 2008 : qu’à la prochaine Journée Mondial de la Jeunesse, tous les jeunes de notre Famille s’organisent pour se présenter ensemble devant l’Eglise, devant le Saint Père. Evidemment il y aura de moments de formation pour chacun, mais il peut y en avoir aussi pour nous former comme Famille Jeune.

Cette grâce des origines que nous célébrons est la Pierre angulaire sur laquelle s’appuie tout l’édifice de notre Famille. Profitons-en. Soyons vigilants pour ne pas manquer cette occasion historique pour retrouver la signification de la Famille de François d’Assise. Nous devons nous secouer et nous réveiller car il  y a beaucoup de léthargie et d’apathie dans notre famille.

Et ceci est le mémorial que nous célébrons : la grâce d’un charisme spécial qui concerne François et avec lui toute une Famille pour un projet ecclésial pour tous.

Merci et que le Seigneur vous bénisse, nous bénisse et nous comble de grâce, maturité et courage pour retrouver la grâce de la conversion à nos commencements.

Assise, le 16 avril 2009

             Encarnación del Pozo

Ministre Générale OFS.

   1 « Eiudem corporis Membra existentes », Urbano IV, Bolla Spiritus Domini